01 juin 2008

Vermeil


Saincaize, une minute d’arrêt ! J’ai pris mes aises dans le train Corail Intercités qui enfile un long couloir vert entre Tours et Lyon. Une cure de vraie France. Des petites gares de petites villes et de coquets villages à la Trénet. Le pays se déploie au rythme convenu d’un balayage oculaire sans fatigue, les grosses secousses du nystagmus jouant dans le bon tempo leur rôle physiologique. Peinard. Tout glisse, tout calme dedans dehors. Quand je m’assoupis, la prévenance du conducteur met en sourdine le « si-tu-tombes-tu-te-tues » d’un vrai train. Nous nous assoupissons pour dire vrai. Mes compagnons de voyage ont rangé dans leur sac plastique les quignons des sandwiches qui auraient eu raison de leur dentiers, les papiers d’aluminium froissés se mêlent négligemment à la peau des bananes qui se collent affectueusement à la cellophane qui gentiment a prêté la sienne à l’emmenthal français avec la tendresse des mamies qui hier soir après la soupe et la biscotte Heudebert ont préparé cet en-cas pour un beau voyage dans un train sans braillards de vendeur de tartines toutes prêtes faussement paysannes et pas plus gourmandes avant de le glisser dans le sac de toile orange et vert plastifié c’est moins salissant qui gît à leurs pieds gonflés par les ans.
« Tu veux un peu d’eau ? » Il répond gentiment par un petit souffle négatif du bout des lèvres, occupé à se laisser étourdir par le défilé symphonique des verts, en plaines ou en collines, ou encore en fossés. Quand un village apparaît au détour d’une courbe qui fait malencontreusement rouler la bouteille de Vittel, il tend le cou ou plutôt il le tord et reste ainsi fixé comme par un souvenir vague. « C’est holi ihi ! » bon il a oublié son dentier, « où est hon ? » - « Saint-Germain-des-Fossés ! » « Hein ? » , elle ajuste avec délicatesse de sa vieille main burinée l’appareil de droite qui est à sa portée, celui de gauche est trop loin il faudrait lever le bras trop haut et se tourner démesurément, il ne faut pas prendre de risque en voyage.
C’est chic d’être dans la première voiture, avec vue sur la fière locomotive à l’arrière de laquelle la SNCF pour faire jeune a décalqué un faux graffiti « en voyage… ». C’est d’ailleurs la seule voiture de première, et nous y sommes tous, bravement, avec nos cartes de réduction. Enfin tous… je peux compter six voyageurs. A part le couple qui vient de terminer son pique-nique et qui n’a échangé que ces trois mots, il y a deux autres vieilles femmes très propres sur elles dont une douairière montée à Vierzon, et un fier-à-bras sans âge mais avec un polo côtelé jaune moutarde souligné d’une rayure vert maïs qui a fermement enjoint à sa tante qui l’accompagnait à la gare de Bourges de leur téléphoner pour bien leur dire qu’il arriverait pour l’apéro. Quelle aventure ! Le visage ensoleillé de la douairière se reflète dans la vitre, sa tête dodeline au gré des secousses, elle somnole, pas de relief de repas chez elle, on n’est pas du genre à laisser trainer des miettes en public. Un peu honteuse de s’être laissée gagner par le sommeil elle redresse brusquement une tête trop haute qui ne regarde rien droit devant et qui attend. De temps à autre elle jette furtivement un œil à sa grande valise marron achetée en soldes à la maroquinerie Gérard : debout derrière, cette valise sans âme est affublée d’un sac de plage chatoyant de fleurs orange sur fond rose. Elle ne peut aller qu’au mariage de sa nièce dans cet accoutrement. Sous une longue veste bleu sage s’évase une large jupe imprimée de motif torchon qui se laisserait presque aller à froufrouter s’il y avait un souffle de vent. Et les chaussures, vaguement blanches devant, elles ont dû autrefois être dorées derrière, boudinent de gros pieds violacés visiblement mal à l’aise… Polo Jaune est immobile, lit-il un almanach, ou le catalogue de la Manufacture d’armes et de cycles de Saint-Etienne ? Seuls dépassent ses petits cheveux poivre et sel dressés en une petite brosse hirsute. Il pense à l’apéro, on est samedi midi, c’est le premier du week-end. La petite dame derrière moi à droite a mangé sans faire de bruit, j’ai tout juste humé une odeur de banane de ce côté-là aussi. C’est très commode pour le train, la banane, çà ne gicle pas. Holi-ihi prend des initiatives, il vient de faire passer sa casquette en popeline du genou gauche sur le genou droit, et la lisse deux ou trois fois du revers de la main pour qu’elle ne fasse pas de faux pli, sous le regard complice, cerclé de vieil or, de sa douce femme.
Passé Roanne, nous ralentissons pour suivre les méandres des vallées du Forez, et je me dis « quel bonheur ! », nous vivons, mieux encore nous survivons ensemble tous les six dans cette belle voiture Corail de première classe relookée comme un TGV mais qui nous transporte en nous berçant à l’allure (je veux le croire) où le Paris-Cabourg menait Marcel Proust vers le Grand Hôtel de Balbec.
Saincaize existe.
« Petit village de NIEVRE dans la région BOURGOGNE, SAINCAIZE MEAUCE fait parti du canton d'IMPHY. Situé à 182 mètres d'altitude et voisin des communes de CUFFY et de GIMOUILLE, 460 habitants résident dans la commune de SAINCAIZE MEAUCE sur une superficie de 2 148 hectares (soit 21,4 hab/km²). Les habitants de SAINCAIZE MEAUCE s'appellent les Saincaizois et les Saincaizoises. »
Pour les Saincaizois, Saincaize c’est le centre du monde. Certains, qui y sont nés, y sont encore aujourd’hui. Mais la moitié de ceux qui y habitaient en 1968 n’y sont plus. Que s’est-il donc passé à Saincaize ? Pourquoi ce drame nous a-t-il été caché ? Je crains que cette gare démesurée, plus belle que la gare de Perpignan, ne soit à l’origine de la tragédie de Saincaize.
Demandons : la commune est née en 1834 de la fusion de Saincaize et Meauce. Saincaize accueille depuis le XIXe siècle la gare de triage et la cité de cheminots du Paris-Lyon-Méditerranée. Meauce demeure la partie plus rurale de la commune. C’est à la gare de triage qu’il faut chercher, c’est sûr. De Saincaize on peut poursuivre jusqu’à Lyon, mais on peut aussi changer pour Clermont-Ferrand. Imaginez qu’ils aient fait le mauvais choix. Installer ici une cité du PLM en pariant sur l’avenir de Clermont-Ferrand !
Ceux qui sont encore là ce matin ont entendu crisser notre locomotive à l’approche de la gare. Personne n’est descendu du train. Je n’ai vu personne monter, ou peut-être en seconde, mais je répugne à tourner la tête pour regarder derrière, à cause de l’arthrose. Monsieur Je-sais-tout (qui voyageait en seconde) est venu faire un cours sur l’arthrose et ses conséquences à l’un de ses congénères et à sa femme (installés en première), qui se rendent à Clermont-Ferrand à la rencontre annuelle de l’Association des Généalogistes. « Les nerfs, c’est des câbles » lui a dit son neurologue, et comme c’est la sensibilité qui engaine le reste, dès que çà coince, aïe ! Donc, j’évite de coincer.
Je goûte le moment de paix de cet arrêt, elle est longue et pleine cette minute. Vivre lentement, c’est possible. Quelle subtile harmonie entre les habitants éphémères de ma somptueuse voiture Corail intercitée, la gare de Saincaize et ses 460 habitants que l’on imagine filer des jours heureux à l’abri de cette gare monumentale ! Dans cette voiture aux camaïeux de carmin, pas de portable tectonique, pas d’écrans dévorés par des zombis cravatés, appareillés jusqu’aux oreilles, d’où émanent périodiquement les jingles de Windows, pas de pétasses Gérard Darel exhalant une quelconque Eau de Shalimar alignant sur Excel d’un air renfrogné les chiffres de vente de leurs boutiques de fringues, ou d’autres en tailleur pantalon à reflet soyeux H & M calculant statistiques et rendements de leurs batteries de représentants de commerce, poulets souriants mécaniques et identiques. Non, rien de tout cela. Telle la madeleine écrasée dans la cuillère à thé de Marcel P., l’ambiance olfactive ici me rappelle ma grand-mère : une bonne crème Nivéa ne se démode pas. Du côté du vieil homme à casquette, c’est plutôt l’effluve de l’Eau de Cologne du Mont-Saint-Michel qui me fait resurgir l’image de mon Maître Jean Bancaud, natif de la Creuse. Le Centre de la France est celui de sa gravité. Le vert sombre tempère les enthousiasmes. Entre douceur angevine et vignobles bourguignons, s’élève le bœuf charolais. Il y fait bon vivre sans s’étourdir. Point n’est besoin du soleil vulgaire ou des humeurs atlantiques pour forcer les caractères aux sourires engraissés ou aux regards tourmentés. Ici on ne se gaspille pas en expressions. Les visages n’affectent que le strict nécessaire. Ne pas faire deux choses à la fois, à chaque jour suffit sa peine, il y aura assez à pleurer sur ce monde mondialisé qui ne semble pas avoir tout à fait déversé ses ordures électromagnétiques sur ces douces pentes où nichent de douillettes masures. L’argent durement gagné y sédimente dans les bas de laine des bureaux de poste où les guichets de la Caisse d’Epargne l’empilent dans ses froides cassettes. Sous le masque d’inquiétude sculpté par les années, les yeux se plissent d’un sourire entendu. Ce que je perçois d’exotique chez mes compagnons de route, n’est-ce pas ce qui signale pour quelque temps encore la persistance d’une vraie vie ? Avant que les désordres de la Croissance et de la chasse au Progrès ne la déstructurent irrémédiablement ? Quand le train s’ébranle, que le temps m’est donné de voir les quais de Saincaize glisser calmement pour laisser place aux herbes folles qui font la beauté des sorties de gare puis à la riche campagne qui nous engloutit à nouveau, je souris sans raison, et je vois dans le reflet des vitres que je ne suis pas le seul à m’être laissé envahir par cette sérénité.
Puis viendra le noir d’un long tunnel.
A l’autre bout, s’ouvre une immense, trop immense perspective sur une Saône délavée puis un Rhône marron glacé, bordés d’immeubles blanchâtres sous un ciel immobile et gris. Lyon Part-Dieu, tout le monde descend. A grands renforts d’amabilités, je retiens sur le marchepied ma douairière que sa grosse valise marron menaçait de précipiter sur le quai stupide d’une gare sans histoire et sans couleur. Est-ce une larme d’effort ou de nostalgie que je me surprends à essuyer en courant pour changer de quai ?
Le TGV pour Marseille vient de Rennes. Pas de marchepied, pas d’effort. Une seule passagère déguisée en hôtesse de l’air, bagage LVH, senteur Guerlain, partage mon espace duplex en haut une place, isolée. Je branche mon portable. Un long tuuuuuut, un petit clac étouffé. Tout est clos. Salut !

Rupture

Tout s'est arrêté le 6 Mai en effet.
Je n'ai pas réussi à écrire une seule ligne depuis.
La vulgarité a envahi les Palais de la République, la Culture les a fuis. Peut-être est-ce préférable pour la créativité.
Quand je relis le billet de François Weyergans, je me délecte.
Mais Ségolène n'a pas pris son envol.

Il importe plus que jamais de résister.

06 mai 2007

Pour finir en beauté


La Semaine sainte...


J'écoute du didgeridoo en buvant du manzanilla. Cette phrase, qui aurait pu être un SMS envoyé à un ami, je trouve amusant de commencer par elle un petit texte sur l'élection présidentielle, histoire d'oublier provisoirement des mots qui auraient fait la joie de Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, comme " fiscalité confiscatoire " (" fait fuir les talents ") ou " revalorisation du travail " (" permet de travailler plus pour gagner plus "). Et j'aggrave mon cas en relisant La Bruyère : " Un esprit sain puise à la cour le goût de la solitude et de la retraite. " La télévision aurait-elle remplacé la cour du XVIIe siècle ? On ne peut pas dire ça. Les chaînes (quel mot !) nous renseignent et parfois nous éclairent, chacun le sait. Pour les deux tours des élections, elles se calquent sur la Semaine sainte, où le Christ meurt le Vendredi saint, ensuite il ne se passe plus rien le samedi et on attend le dimanche de Pâques pour la résurrection. Idem à la télé : vendredi c'est fini, le samedi silence complet, et le résultat tant attendu arrive le dimanche soir. Je n'ai jamais compris pourquoi le samedi est un jour de silence obligatoire, sauf mon explication qui vaut ce qu'elle vaut de copie inconsciente de la Semaine sainte - le débat entre les deux candidats du deuxième tour faisant office de dernière Cène (cette année, nous avons même eu droit à un certain M. Besson qui a tant bien que mal interprété le rôle de Judas, un rôle mieux joué naguère par celui qu'il rallie et qui l'accueille en expert - sans en penser moins, souhaitons-le lui).
Je reviens au didgeridoo (un instrument de musique des aborigènes d'Australie) et au manzanilla (un vin espagnol très sec, " muy fino "). J'aurais aussi bien pu écrire : " J'écoute du koto en buvant du saké. " Ce sont des phrases de romancier. Ce ne sont pas des phrases à prononcer dans un débat. Imaginez ça deux secondes ! A tout prendre, j'aurais préféré trouver ce genre de phrase dans la bouche d'un séide de l'UMP plutôt que de l'entendre dire, en guise sans doute d'argument, que Mme Royal " est nulle " (on ne parle pas de la sorte, M. Pierre Lellouche, d'une candidate à la présidence de la République). C'était ce qu'il trouvait à répondre à M. Moscovici venant de qualifier M. Sarkozy de " bushiste ". Très instructive, cette émission. Mots croisés, Yves Calvi sur la 2. Nous avions trois rencontres, sur des thèmes différents, entre des partisans ou sbires des deux candidats, et on retombait dans l'ornière. Alors qu'on nous annonce rupture et renouveau, c'était le naturel revenu au galop : insultes, mensonges, mauvaise foi. Une de mes bêtes noires sera dorénavant Mme Rachida Dati. Elle ne pourrait pas se montrer un peu plus agréable ? Ce serait dans son intérêt. J'admets que le rôle de la voix de son maître ne doit pas être épanouissant.
Nous venons de passer des semaines formidables. Le soir du premier tour, on demande à un journaliste télé qui se trouve au siège du PC : " Quelle est l'ambiance ? " La réponse me parut inoubliable : " En termes d'ambiance, disons qu'il n'y en a pas beaucoup. " Le même soir, 20 heures approche, ce fut annoncé comme un " moment fatidique "... Mme Marine Le Pen, qui s'y connaît en Le Pen, surnomme M. Sarkozy un " Le Pen light ". Le plein emploi dans cinq ans est promis à gauche et à droite. C'est sans doute que ledit plein emploi arrivera quoi qu'il arrive, s'il arrive. Et si chacun relisait le vieux Voltaire : Candide ou l'Optimisme ? On devrait élire le président de la République plus souvent. A en croire l'Audimat, c'est devenu aussi passionnant que le foot, mais pourquoi M. Sarkozy a-t-il cru bon de faire cette comparaison avec une finale de Coupe du monde ? Il aurait pu trouver mieux pour minimiser le danger Bayrou. Avec tous les grands mots très nobles dont il se montre prodigue, on ne s'attendait pas à cet amalgame entre la politique et le sport... Il n'est pas à ça près. Sur un site Internet que j'ai trouvé en consultant celui de LCI, on peut l'entendre dans un document non daté, c'est un gros plan un peu flou : " Eh bien, je vais aller jusqu'au bout. Que cela plaise ou que cela déplaise, il ne faut pas douter de ma capacité à avoir une énergie indomptable (il appuie sur le mot indomptable). C'est le message. J'espère que chacun l'aura compris. " Il y a là quelque chose de menaçant, ou je me trompe ?
J'aurais dû tenir un journal, au moins pour mes petits-enfants, lesquels n'en auront pas besoin puisqu'ils ont suivi la campagne comme des grands, à 7 et 9 ans. A quand le droit de vote des jeunes ? Il y a bien le Goncourt des lycéens. Si on estime pouvoir les condamner à 16 ans, ils pourraient aussi voter à cet âge-là. Ils sont tout à fait aptes à comprendre les insanités de Mme Alliot-Marie qui reproche à Mme Royal de " changer d'idées comme de jupe " (pourquoi pas comme de strings, tant qu'elle y est ?)
Dans cette campagne, l'absence de ce qu'on appelle la culture n'est pas convenable, pas pardonnable. On a l'impression d'avoir affaire pour la première fois dans ce pays à des candidats qui ne savent pas vraiment ce que c'est, à moins que ça ne les effarouche, mais dans la France dont ils nous parlent, la culture est essentielle. Louis XIV le savait, Charles de Gaulle aussi, et tous les présidents jusqu'à aujourd'hui. Cinéma, théâtre, peinture, musique, poésie, c'est passé où ? Et là (je fais une ellipse) on tombe sur la question des besoins et des désirs. On réduit le citoyen à ses besoins. Le désir, c'est plus périlleux, ça pourrait ne rien avoir à faire avec le Trésor public ou le Gaz de France. D'où le côté pathétique des candidats qui veulent que ce soient eux qu'on désire, alors qu'on aurait juste besoin de leurs services. Et comme ils ne sont pas sûrs qu'on les désire, ils nous demandent de nous aimer les uns les autres, ils nous parlent de respect, c'est du catéchisme, c'est consternant.
Cela dit, on pourra toujours discuter avec la prochaine personne qui sera à l'Elysée. On ne pourra pas discuter avec M. Sarkozy : il semble perdu à tout jamais dans un rêve où il traite, voire malmène, ses chers compatriotes comme un enfant ses jouets. Il veut nous protéger : on ne le lui a pas demandé. Mme Ségolène Royal (Marie-Ségolène, c'était joli aussi, comme prénom) est de mieux en mieux : on l'a vue évoluer au cours des mois. La misogynie, qu'on croyait endormie, s'est réveillée et acharnée sur elle. On lui reprocha le néologisme " bravitude " qui sera un jour dans Le Petit Robert, j'en fais le pari. Elle cultivera bien notre jardin (c'est Voltaire que je fais parler !) Pourvu que ce soit elle qui nous dise ses voeux à la télévision à la fin de cette année.

François Weyergans
© Le Monde

23 avril 2007

Pax Presidentia





Je n'ai pris qu'un bulletin, Ségolène, c'était le tien,
Ne te méprends pas, vilaine, je te retiens,
Drapeaux et cocardes, coquine, tu avaleras,
Jusqu'à la lie, libertine, me le paieras.

Besancenot ton frère montre la voie,
L'Internationale est à faire, nouvelle foi
En l'avenir fait femme, je te suivrai
Révolution et flamme t'apporterai.

Ce soir, blanche, tu as parlé,
Sans fard, franche, tu as sublimé
Le désir de la France en lui criant "Venez !"

Nous croyons en toi, Ségolène, nous te suivons,
Comme à l'eau, Marjolaine, nus nous allions
De la claire fontaine nous nous abreuverons.

14 mars 2007

Truismes


Autant que les hommes, la candidate socialiste «en a». Son incompétence supposée comporte des relents de misogynie.

Pourquoi je vote Ségolène Royal
Par Marie DARRIEUSSECQ
lundi 5 mars 2007
Marie Darrieussecq écrivain. Dernier ouvrage paru : Zoo, P.O.L., 2006.

Parce que c'est une femme...Il faut voter pour Ségolène Royal parce que c'est une femme. C'est à peu près tout ce que j'ai à dire. C'est l'honneur du PS d'être le premier grand parti à proposer, en France, une candidate femme à l'élection présidentielle. Que cela ne se soit pas produit plus tôt est une honte pour ce pays.
Je laisse de côté Arlette Laguiller qui, vue de l'étranger, est un phénomène folklorique. Il suffit de l'écouter parler, d'ailleurs, ou de se rappeler Thatcher dans un autre genre, pour être persuadé(e) qu'un monde dirigé par les femmes ne serait pas plus juste ni moins violent.
Ségolène Royal semble partager avec tous les autres candidats (et au moins autant que Nicolas Sarkozy) l'idée fixe du pouvoir, le délire de grandeur solitaire, l'énergie maniaque, cette «gnaque» qui peut laisser perplexe ou admiratif. En bref, «elle l'a», la mégalomanie indispensable pour prétendre être élu (e) président (e) de la Ve République. La force de Ségolène Royal n'est ni féminine ni masculine : elle est personnelle. Elle en veut, elle en a. On mettra ce qu'on veut derrière le «en», la libido qui la porte n'a rien à voir avec les organes de la différenciation sexuelle.
Certes, je ne serais pas prête à voter pour une femme de droite. Et le fait que je veuille voter Ségolène parce qu'elle est socialiste, parce qu'elle représente une gauche qui, sans m'enthousiasmer, me paraît une option meilleure que les autres, cette opinion ne regarde que moi. Mais elle est «femme». Notre «première présidentiable femme». Enthousiaste ou pas, je veux que mes enfants, que les petits Français en général, n'aient pas les mêmes souvenirs que ma génération et toutes les générations antérieures. Cette élection peut être un moment historique ; ou du moins un moment où la France sortira de son ridicule historique.
J'ai grandi en ne voyant que des hommes à la télévision. Le Président était «le» Président, et ses ministres étaient des hommes, comme sous Louis XIV. Je ne pouvais pas rêver au pouvoir, puisque le pouvoir était masculin. Or s'il prend à ma fille le délire ­ ou l'ambition légitime ­ de se rêver en présidente, je veux que cela lui soit possible autant qu'à mon fils, dans un monde possible pour tous les deux. Et si mon fils se retrouve un jour gouverné par une femme, je veux que cela lui semble possible aussi, sans qu'il le vive comme une anomalie ou une humiliation.
«Voter Ségolène»... L'expression même est curieuse. L'appelle-t-on par son prénom parce que c'est une femme ? Un petit nom, pour une femme qu'on minorise, qu'on veut puériliser dans sa puissance ? On ne dit pas «voter Nicolas», encore moins «voter François» ­ et ceux qui disent «voter Jean-Marie», je me passe volontiers de leur compagnie. Mais il faut admettre que «Royal» est, en France, un nom plus répandu que le long «Ségolène», dont les syllabes chics, y compris dans la presse étrangère, la caractérisent d'emblée. Un personnage est né(e).
Mais on dit surtout «Ségolène» parce que son nom, Royal, pose problème. «Voter Royal» sonne comme un paradoxe en démocratie. Or la Ve République est par bien des aspects un régime monarchique. S'appeler «Royal» dans cette élection est un atout qui fonctionnera peut-être dans l'inconscient national. Cette bourgeoise a quelque chose d'une reine.
Qu'on la taxe systématiquement d'incompétence est nettement plus misogyne. On reproche beaucoup de choses aux autres candidats, mais jamais l'incompétence... Avec le parcours qu'a cette femme, comment peut-on penser une seule seconde qu'elle est incompétente en politique ?
Quant à la compétence pour présider un pays, personne ne l'a. Y croire est un délire collectif très ancien, porté et relayé par les institutions, en particulier en France. Il se trouve que le délire a jusqu'ici été incarné par des hommes. Nous avons eu Jeanne d'Arc, une marginale ; jamais d'Elizabeth ni de Christine de Suède. En France, c'est duas habet , comme pour les papes. Et si on essayait, pas forcément d'être royalistes, mais d'être un peu moins ridicules ?

Qui l'eût cru ?



Encore la politique à la Corentin...

11 mars 2007

Stance à Laurence


Non, non, non, non, ma Ségolène n'a traité personne de "bouse", elle a dit "en campagne, c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses", il y avait au moins trois degrés dans le clin d'oeil qui faisait référence à 2002...Dis-donc, Lolo, mais où ils sont les intellos ? Johnny, Doc Gynéco, Bernard-Henry Deuxballes, Finkelcroute, Max le Gallo, etc... ils sont avec le petit Nicolas. Je crois bien être le seul intello du côté de Ségolène, et j'entends bien le rester... Je suis en train de penser à ouvrir une permanence de désir d'avenir à Malmousque, le moment est mal choisi, le Service des Eaux refait les canalisations, déjà qu'il n'y avait pas beaucoup de place pour stationner, cette fois c'est foutu il va falloir aller se garer sur la Corniche, alors tu vois le bide d'ici ? il faut que je songe à flécher ma permanence depuis le Vallon des Auffes, j'espère qu'ils ne confondront pas avec le bureau de recrutement de la Légion Etrangère, remarque, ma Ségolène cela ne lui déplairait pas. Ce que je souhaite au fond, mais j'ose à peine y penser, c'est que, je ne sais pas, peut-être entre les deux tours, elle me fasse l'honneur de sa visite, on ferait une photo, puis je l'amènerais au cabanon embrasser maman-qui-vote-bèèrou, tiens juste pour lui faire honte, "Maman, devine qui vient dîner ?" "Ségolène ? tu n'y penses pas, je n'ai que du Picard !! Si on allait manger une pizza chez Jeannot ?" "Chez Jeannot ? Ségolène ? Non mais, si tu ne nous fais pas la choucroute de poissons, j'l'amène au Petit Nice, tu peux venir si tu as le temps, il y aura Jack Lang..." Aïe, aïe, je rêve, je m'emballe, je m'y crois, c'est terrible la campagne, tout ça va retomber comme un soufflé, elle ne s'arrêtera pas, elle ne verra pas la pancarte, qui aura été emportée par un coup de mistral, avec la chance que j'ai, tiens oui, avec la chance que j'ai, s'il y a un coup de vent, c'est le bé-harnais qui va rappliquer, grand-largue toutes oreilles dehors, il risque de s'échouer au pied du Grand-Balcon, tomber sur la patronne du Sunlight "je cherche le Centre, je cherche le Centre..." oui, mais quel Centre ? rien qu'à Malmousque il y en a quatre, des Centres (si on compte le CNRS et les goélands de Malmousque), heureusement qu'on a gardé des Cercles, pour nager, et des Ententes, pour le deuxième tour...

02 mars 2007

BéHarnais


Bayrou, c'est terrible l'enfance qu'il a eue ! J'ai regardé par hasard "envoyé spécial" hier soir... j'ai pleuré, heureusement j'étais seul face à mon poste. L'héroïsme du petit François face à son bégaiement, alors que l'éloquence chantait dans sa tête, aïe je l'évoque et je me remets à sangloter. Et IL S'EN EST SORTI !! C'est vrai, il est devenu très éloquent, son discours est toujours inattendu, pittoresque, voire humoristique, c'est vrai cela chante, c'est un peu comme une chanson "hon". C'est le pâtre sur le rocher, l'écho résonne au fond des vallées. Il est indéniable qu'il y a de plus en plus d'écho, peut-être ses oreilles ? J'aime aussi quand il rit, ça fait du bien aux chevaux, il leur parle aussi, j'ai déjà vu ça quelque part. Les chevaux, ils n'aiment pas Sarko qui hennit, ni Ségolène qui annone, Lepeine qui barrit, et Arlette qui postillonne. Mais ils aiment François B. qui leur susurre à l'oreille, c'est de cette manière qu'il a arrêté de bégayer.


Oui, mais cet écho, d'où il vient ? Le pavillon de l'oreille est la partie visible de l'oreille. Vous avez certainement remarqué sa forme étrange. Eh bien celle-ci a une fonction. En effet, il modifie légèrement le son suivant son angle d'incidence, avant de parvenir au tympan, permettant au cerveau de distinguer plus précisément l'origine de la source sonore. C'est grâce au pavillon que nous arrivons (assez mal) à distinguer l'origine d'un son dans le plan vertical. Donc, François B., il distingue mieux que les autres les sons du haut des sons du bas, mais cela me rappelle encore quelqu'un, décidément ce déjà vu ne me lâche pas. Cela permet au cerveau... oui mais.., oh si, ce n'est pas parce que les sons d'en bas résonnent si fort lorsqu'ils se trouvent concentrés au niveau de ses organes pavillonnaires pour s'engouffrer dans ses conduits auditifs externes (qu'il cotonnetige chaque matin avec une balayette) se frapper contre ses tympans de bé-harnais, avant d'entrainer tout ce que l'on sait au niveau des cellules ciliées externes qui poussent jusqu'à lui démancher la lame basilaire, qui va écrabouiller les derniers cils des cellules ciliées internes les forçant à cracher des salves de potentiels d'action comme un soufflet de forge, tout ce pataquès nous mène où, oui où ? sinon au corps genouillé médian, puis au cortex du gyrus de Heschl, c'est bien dans le cerveau le gyrus de Heschl, non ?? Alors, n'allez pas dire que si ça résonne si fort, qu'il y a de l'écho, c'est parce que... n'allez pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'ai fait aucun rapprochement avec les chansons "hon", c'était juste l'interview.

C'est pas grave, puisqu'il l'avait dans la tête l'éloquence : c'est elle qui fait tout ce bruit quand il l'incline.

28 novembre 2006

Jeanne, 2 ans !


J'ai ouvert ce blog il y a juste un an. Jeanne, qui avait un an, contemplait le monde de son air assuré, un rien enjoué, comme si elle nous avait conquis depuis longtemps.
C'était un moment où je n'aimais plus les anniversaires. Il est des tristesses qui se manifestent comme çà.
Le temps qui passe et qui nous emmène est aussi fait d'instants heureux où l'enfant qui s'ouvre nous révèle à nous-même. La petite voyageuse qui garde la maison errante de ses parents en perpétuel transit, qu'attend-elle ? Sa bouille tranquille et ses sourires cajoleurs de madame oui-oui répondent simplement. Faites-moi confiance. Je suis bien ici et là, avec vous, et vous n'avez qu'à me suivre sur ma planète...
Petite Princesse, tu m'as redonné le goût des anniversaires !

19 septembre 2006

Lisez avant de crier !

Mais vous aurez peut-être un peu de difficulté... C'est une dense réflexion.
Alors prenez votre temps. Je vous jure que cela vaut la peine de mesurer combien l'information est manipulée.
Vous comprendrez aussi que ce sont les Grecs qui auraient dû hurler !



"C'est pour moi un moment émouvant que de me trouver encore une fois à l'université, et encore une fois pouvoir y donner une conférence. Mes pensées me ramènent à ces années au cours desquelles après une belle période passée à l'institut supérieur de Freising j'ai commencé mon activité d'enseignant à l'université de Bonn. C'était – en 1959 – à l'époque de l'université à l'ancienne avec ses titulaires pour les différentes chaires, où il n'y avait ni assistants, ni dactylos mais en revanche, le contact avec les étudiants et surtout entre les professeurs était très direct. On se rencontrait avant et après les cours, dans la salle des professeurs. Les contacts avec les historiens, les philosophes, les philologues et naturellement aussi entre les deux facultés de théologie, étaient très étroits. Une fois par trimestre, il y avait ce qu'on appelait un dies academicus, où les professeurs de toutes les facultés, se présentaient devant les étudiants de l'université rendant ainsi possible une expérience d'universitas (…) - c'est à dire l'expérience du fait que, malgré toutes nos spécialisations qui parfois nous rendent incapables de communiquer entre nous, nous formons un tout et travaillons dans la plénitude de la raison unique dans ses différentes dimensions, et nous nous trouvons ainsi ensemble face à la responsabilité commune du bon usage de la raison – ce fait devenait une expérience vivante. L'université sans doute était fière aussi de ses deux facultés de théologie. Il était clair qu'elles aussi en s'interrogeant sur la rationalité de la foi, accomplissent un travail, qui fait nécessairement parti du " tout " de l'universitas scientarium, même si tous ne pouvaient pas partager la foi, que les théologiens s'attachent à relier à la raison commune, cette cohésion intérieure dans le cosmos de la raison ne fut pas même perturbée la fois ou nous parvint la nouvelle qu l'un de nos collègues avait déclaré qu'il y avait une bizarrerie dans notre université : deux facultés qui s'occupaient d'une chose qui n'existait pas – Dieu. Que même devant un scepticisme aussi radical, il reste nécessaire et raisonnable, de s'interroger sur Dieu au moyen de la raison et qu'il faille le faire dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne, était dans l'ensemble de l'université une conviction indiscutée.
Tout ceci m'est revenu en mémoire quand j'ai lu récemment la partie éditée par le professeur Théodore Khoury (Münster) du dialogue que l empereur byzantin érudit Manuel II Paléologue mena en 1391 durant son séjour d'hiver à Ankara avec un Persan lettré sur le Christianisme et l'Islam et la vérité des tous deux.. C'est probablement l'empereur lui-même qui retranscrivit ce dialogue durant le siège de Constantinople, entre 1394 et 1402 ; cela explique aussi pourquoi ses propres raisonnements sont restitués beaucoup plus en détail que ceux de son interlocuteur persan. Le dialogue porte sur l'ensemble des structures de la foi contenues dans la Bible et le Coran et insiste particulièrement sur l'image de Dieu et de l'homme, mais nécessairement aussi toujours de nouveau sur la relation entre – comme on disait alors – " les trois lois " ou les " trois ordres de vie " : l'Ancien Testament, le Nouveau Testament, le Coran. Je n'ai pas l'intention de développer ce thème au cours de cette leçon ; je voudrai m'arrêter sur un seul point plutôt marginal dans la construction du dialogue dans son entier – qui dans le contexte du thème " foi et raison " m'a le plus fasciné et qui servira de départ à mes réflexions sur ce thème.
Dans la " septième controverse " (…) éditée par le professeur Khoury l'empereur aborde le thème du Djihad, de la guerre sainte. L'empereur savait certainement que dans la sourate II, 256 on peut lire : " Aucune contrainte dans les choses de la foi ". C'est un texte de la période initiale, disent les experts, durant laquelle Mahomet était lui-même sans pouvoir et menacé. Mais naturellement, l'empereur connaissait aussi les dispositions développées plus tard et fixées dans le Coran concernant la guerre sainte. Sans s'arrêter sur les détails comme la différence de traitement entre les peuples du Livre [juifs et chrétiens] et les incroyants, il s'adresse à son interlocuteur d'une manière étonnamment abrupte pour nous en lui posant la question centrale du rapport entre religion et violence. Il lui dit : " Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l'épée la foi qu'il prêchait. " L'empereur expose ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles il est absurde de diffuser la foi par la violence. Une telle violence est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme. " Dieu n'aime pas le sang- dit-il-, ne pas agir selon la raison (…) est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l'âme et non du corps. Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi, doit être capable de bien parler et de raisonner correctement et non d'user de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable on n'a besoin ni bras, ni d'armes, ni non plus d'un quelconque moyen par lequel on peut menacer quelqu'un de mort…. ".
La phrase décisive dans cette argumentation contre la conversion forcée est la suivante : agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu. L'éditeur Théodore Khoury, commente : pour l'empereur, un Byzantin éduqué dans la philosophie grecque, cette phrase est évidente. En revanche pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée à aucune catégorie, pas même celle de la raison. Dans ce contexte, Khoury cite l'œuvre du célèbre islamologue français Roger Arnaldez qui relève que Ibn Hazm va jusqu'à déclarer que Dieu ne serait pas même engagé par sa propre parole et que rien ne l'obligerait à nous révéler la vérité. Si telle était sa volonté l'homme devrait pratiquer l'idolâtrie. C'est ici que s'ouvre, dans la compréhension de Dieu et donc dans la réalisation concrète de la religion, un dilemme qui nous interpelle très directement. La conviction qu'agir contre la raison est contraire à la nature de Dieu est-elle seulement une pensée grecque ou est-elle valable en soi et toujours. Je pense que sur ce point se manifeste la profonde concordance entre ce qui est grec dans le meilleur sens du terme et ce qui est foi en Dieu fondée sur la Bible. Modifiant le premier verset du Livre de la Genèse, le premier verset des Ecritures Saintes, Jean commence le prologue de son Evangile par ces mots : "Au commencement était le verbe (logos)". C'est précisément les mots qu'emploient l'empereur, Dieu agit (synlogô), avec le logos. Logos signifie à la fois raison et verbe – une raison qui est créatrice et peut se communiquer mais justement, comme raison. Jean nous donne ainsi le dernier mot sur le concept biblique de Dieu. Le mot dans lequel toutes les voies souvent pénibles et tortueuses de la foi biblique rejoignent leur but, trouvent leur synthèse. Au commencement était le logos, et le logos est Dieu. La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n'était pas un simple hasard. La vision de Saint Paul devant qui s'étaient fermées les voies de l'Asie et qui vit en songe un Macédonien et entendit sa supplique : " Passe en Macédoine, viens à notre secours !"- (Ac 16,6-10) - cette vision peut être interprétée comme un condensé de la nécessité intrinsèque qui unit la foi biblique et le questionnement grec.
En réalité, ce rapprochement était en cours depuis longtemps. Déjà le nom mystérieux de Dieu issu du buisson ardent, qui détache ce Dieu de l'ensemble des divinités aux noms multiples en affirmant seulement son " Je suis ", son être, est face au mythe, une contestation recelant une analogie intime avec la tentative de Socrate de vaincre et de dépasser le mythe lui-même. Le processus commencé auprès du buisson, atteint au sein de l'ancien testament, une nouvelle maturité durant l'exil où le Dieu d'Israël, désormais privé de la Terre et du culte, s'annonce comme le Dieu du ciel et de la terre, se présentant avec une simple formule qui prolonge la parole du buisson ardent " je suis ". Avec cette nouvelle connaissance de Dieu, vont de pair des Lumières en quelque sorte qui s'expriment sur un mode drastique dans la dérision des divinités qui ne seraient que fabriquées des mains de l'homme (Ps 115). Ainsi malgré toute la dureté du désaccord avec les souverains hellénistiques qui voulaient obtenir par la force son ralliement au style de vie grecque et au culte des idoles, la foi biblique, durant l'époque hellénistique cheminait intérieurement vers la meilleure partie de la pensée grecque jusqu'à ce contact mutuel qui s'est réalisé essentiellement dans la littérature sapientiale, nous savons aujourd'hui que la traduction grecque de l'ancien testament faite à Alexandrie - la " Septante " -, est plus qu'une simple (au sens un peu dépréciatif) traduction du texte hébreu : elle est en réalité un témoignage textuel en soi et un pas important de l'histoire de la Révélation, dans lequel s'est accomplie cette rencontre d'une manière qui a eu une signification décisive pour la naissance du christianisme et sa divulgation. En profondeur, ce dont il s'agit, est la rencontre entre foi et raison, entre une pensée authentiquement éclairée et la religion. Partant véritablement de la nature intime de la foi chrétienne et, dans le même temps, de la nature de la pensée grecque désormais fondue dans la foi, Manuel II pouvait dire : Ne pas agir " avec le logos " est contraire à la nature de Dieu.
Pour être honnête, il convient de noter ici qu'à la fin du Moyen-Age se sont développées dans la théologie des tendances qui brisaient cette synthèse entre esprit grec et esprit chrétien. A rebours de ce qu'on pourrait appeler l'intellectualisme augustinien et thomiste, prend naissance avec Duns Scot une posture volontariste qui, à travers ses différents développements, conduisit à affirmer que nous ne connaîtrions de Dieu que la voluntas ordinata. Au-delà de celle-ci existerait la liberté de Dieu, en vertu de laquelle Il aurait pu créer et faire même le contraire de tout ce qu'il a effectivement fait. Ici se profilent des positions qui, sans aucun doute, peuvent se rapprocher de celles d'Ibn Hazm et pourraient conduire jusqu'à l'image d'un Dieu-Arbitre, qui n'est lié ni à la vérité ni au bien. La transcendance et la différence de Dieu sont accentuées de manière tellement exagérée que même notre raison, notre sens du vrai et du bien, ne sont plus un véritable miroir de Dieu, dont les possibilités abyssales restent pour nous éternellement inaccessibles et dissimulées derrière ses décisions effectives .
Au contraire, la foi de l'Eglise s'en est toujours tenue à la conviction qu'entre Dieu et nous, entre son Esprit créateur éternel et notre raison créée existe une véritable analogie dans laquelle – comme le dit le Concile de Latran IV en 1215 – les dissemblances sont certes infiniment plus grandes que les ressemblances, mais pas au point cependant d'abolir l'analogie et son langage. Dieu ne devient pas plus divin du fait que nous le repoussons loin de nous dans un volontarisme pur et impénétrable, mais le Dieu vraiment divin est ce Dieu qui s'est montré comme logos et comme logos a agi et agit, plein d'amour en notre faveur. Certes l'amour, comme dit Paul, " surpasse " toute connaissance et est pour cela capable de percevoir davantage que la simple pensée (Ep 3,19), cependant il reste l'amour du Dieu -Logos et pour cela le culte chrétien est – comme le dit encore Paul – " logikè latreia ", un culte qui concorde avec le Verbe éternel et avec notre raison (Rm 12,1).
Ce rapprochement intérieur mutuel qui s'est opéré entre la foi biblique et le questionnement philosophique de la pensée grecque, est un fait d'une importance décisive non seulement du point de vue de l'histoire des religions, mais aussi de celui de l'histoire universelle – un fait qui nous crée encore aujourd'hui des obligations. Quand on constate cette rencontre, on ne peut guère s'étonner que le christianisme, en dépit de son origine et de son important développement en Orient, ait fini par trouver en Europe le lieu de son empreinte historique décisive. Nous pouvons dire à l'inverse : cette rencontre, à laquelle s'est ajouté par la suite l'héritage romain, a créé l'Europe et reste le fondement de ce qu'on peut avec raison appeler Europe.
A la thèse selon laquelle l'héritage grec, purifié par la critique, est partie intégrante de la foi chrétienne, s'oppose la demande de déshellénisation du christianisme – une revendication qui depuis le début de l'ère moderne domine de plus en plus la recherche théologique. En regardant de plus près, on observe trois vagues dans ce programme de déshellénisation : bien que liées entre elles, elles sont cependant clairement distinctes par leurs motivations et par leurs objectifs. La déshellénisation émerge d'abord en relation avec les postulats de la Réforme du XVIe siècle. Les réformateurs se trouvaient confrontés à la tradition des écoles théologiques, à une systématisation de la foi conditionnée totalement par la philosophie, confrontés par conséquent à une détermination de la foi de l'extérieur, par un mode de pensée qui ne venait pas d'elle. Ainsi, la foi n'apparaissait plus comme parole historique vivante, mais comme un élément inséré dans la structure d'un système philosophique. Le sola Scriptura [les écritures seulement], au contraire, recherche la forme pure et primordiale de la foi, telle qu'elle est présente à l'origine dans la Parole biblique. La métaphysique apparaît comme un présupposé dérivant d'une autre source, dont il convient de libérer la foi pour qu'elle puisse redevenir totalement elle-même. En affirmant qu'il avait dû écarter le savoir pour faire place à la foi, Kant a agi dans le cadre de ce programme avec une radicalité que les réformateurs n'auraient pu prévoir. Ce faisant, il a ancré la foi exclusivement dans la raison pratique, lui déniant l'accès à la totalité du réel.
La théologie libérale du XIXe et du XXe siècle a apporté une deuxième vague au programme de déshellénisation : le représentant éminent en est Adolf von Harnack. Pendant mes études, ainsi que durant les premières années de mon activité universitaire, ce programme était extrêmement actif y compris dans la théologie catholique. Le point de départ en était la distinction de Pascal entre le Dieu des philosophes et le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Dans ma leçon inaugurale à Bonn en 1959, j'ai discuté cet argument et je ne veux pas reprendre ici tout mon raisonnement. Je voudrais cependant tenter de mettre en lumière brièvement la nouveauté que représente cette seconde vague par rapport à la première. Chez Harnack apparaît l'idée centrale du retour au simple homme Jésus et à son message simple, qui viendrait avant toute théologie et, justement, avant toute hellénisation : ce serait ce message simple qui constituerait le sommet véritable du développement religieux de l'humanité. Jésus aurait marqué l'adieu au culte, en faveur de la morale. En définitive, Il est représenté comme le père d'un message moral humanitaire. Le but de Harnack est au fond de remettre le christianisme en harmonie avec la raison moderne, en le libérant précisément des éléments apparemment philosophiques et théologiques, comme par exemple la foi dans la divinité du Christ et dans la Trinité de Dieu. En ce sens l'exégèse historique et critique du Nouveau Testament, dans sa vision, replace la théologie dans le cosmos de l'université : la théologie, pour Harnack, est quelque chose d'essentiellement historique et donc de strictement scientifique. Ce qu'elle découvre sur Jésus au moyen de la critique est, pour ainsi dire, l'expression de la raison pratique et par conséquent défendable dans l'université. En arrière fond, il y a l'autolimitation moderne de la raison, exprimée de façon classique dans les " critiques " de Kant, mais entre temps radicalisée par la pensée des sciences naturelles. Cette conception moderne de la raison se fonde, pour le dire brièvement, sur une synthèse entre platonisme (cartésianisme) et empirisme, que le succès technique a confirmé. D'un côté on présuppose la structure mathématique de la matière, sa rationalité intrinsèque si l'on peut dire, qui rend possible de la comprendre et de l'utiliser dans toute son efficacité opérationnelle : ce présupposé de fond est en quelque sort l'élément platonicien dans la conception moderne de la nature. De l'autre côté, il s'agit de l'utilisation fonctionnelle de la nature à nos fins, où seule la possibilité de contrôler le vrai ou le faux par l'expérience fournit la certitude décisive. Le poids entre les deux pôles peut, selon les circonstances, porter plutôt d'un côté ou plutôt de l'autre. Un penseur strictement positiviste comme J. Monod s'est déclaré platonicien convaincu.
Ceci comporte deux orientations fondamentales décisives pour notre question. Seul le type de certitude qui découle de la synergie entre mathématique et empirisme nous permet de parler de scientificité. Ce qui prétend être de la science doit se confronter à ce critère. C'est ainsi que même les sciences qui concernent les choses humaines, comme l'histoire, la psychologie, la sociologie et la philosophie, cherchaient à se rapprocher du canon de la scientificité. Important pour nos réflexions est encore le fait que la méthode comme telle exclut le problème Dieu, en le faisant apparaître comme un problème ascientifique ou préscientifique. Mais nous nous trouvons là devant une réduction du rayon de la science et de la raison qui doit être questionnée.
J'y reviendrai. Pour le moment, il suffit de garder à l'esprit que si, à la lumière de cette perspective, on tentait de conserver à la théologie le caractère de discipline " scientifique ", il ne resterait du christianisme qu'un misérable fragment. Mais nous devons dire plus : si la science dans son ensemble est seulement cela, alors c'est l'homme lui-même qui par là subit une réduction. Car alors les interrogations proprement humaines – d'où ? vers où ? -, les interrogations de la religion et de l'ethos, ne peuvent trouver place dans l'espace de la raison commune décrite par la " science " entendue ainsi et doivent être déplacées dans le domaine de la subjectivité. Le sujet décide, sur la base de ses expériences, ce qui lui paraît religieusement soutenable, et la " conscience " subjective devient en définitive l'unique instance éthique. Mais de cette façon, l'ethos et la religion perdent leur force qui est de créer une communauté et tombent dans le domaine discrétionnaire de la personne. C'est là une condition dangereuse pour l'humanité : nous le constatons dans les pathologies menaçantes de la religion et de la raison – pathologies qui doivent nécessairement éclater quand la raison est à tel point réduite que les questions de la religion et de l'ethos ne la regardent plus. Ce qui reste des tentatives de construire une éthique en partant des règles de l'évolution ou de la psychologie et de la sociologie est tout simplement insuffisant.
Avant d'en venir aux conclusions vers lesquelles tend tout ce raisonnement, je dois encore faire brièvement allusion à la troisième vague de déshellénisation qui se diffuse actuellement. Eu égard à la multiplicité des cultures qui se rencontrent, on aime à dire aujourd'hui que la synthèse avec l'hellénisme accomplie dans l'Eglise primitive, aurait été une première inculturation qui ne devrait pas lier les autres cultures. Celles-ci devraient avoir le droit de revenir en arrière jusqu'au point qui précédait cette inculturation afin de découvrir le simple message du Nouveau Testament et de l'inculturer de nouveau dans leurs différents espaces. Cette thèse n'est pas simplement erronée ; elle est grossière et imprécise. Le Nouveau Testament, en effet, a été écrit en grec et porte en lui le contact avec l'esprit grec – un contact qui avait mûri dans le développement précédent de l'Ancien Testament. Certes, il y a des éléments dans le processus de formation de l'Eglise primitive qui ne doivent pas être intégrés dans toutes les cultures. Mais les décisions de fond qui, justement, regardent le rapport de la foi avec la recherche de la raison humaine, ces décisions de fond font partie de la foi elle-même et en sont les développements, conformes à sa nature.
J'en arrive ainsi à la conclusion. Faite en quelques grandes lignes, cette tentative de critique de la raison moderne de l'intérieur d'elle-même, n'inclut en aucune façon l'opinion qu'il faille désormais revenir en arrière, avant les Lumières, en rejetant les conviction de l'ère moderne.
Ce qui est valide dans le développement moderne de l'esprit est reconnu sans réserves : nous sommes tous pleins de gratitude pour les possibilités grandioses qu'il a ouvertes à l'homme et pour les progrès qu'il a permis dans le champ humain. L'ethos de la scientificité, du reste, est (…) volonté d'obéissance à la vérité, et donc expression d'une attitude qui fait partie des décisions essentielles de l'esprit chrétien. L'intention n'est donc pas un retrait, une critique négative ; il s'agit au contraire d'un élargissement de notre concept de raison et de son usage. Parce que, malgré toute la joie éprouvée face aux possibilités de l'homme, nous voyons aussi les menaces qui émergent de ces possibilités et nous devons nous demander comment nous pouvons les dominer. Nous ne réussissons que si raison et foi se retrouvent unies d'une manière nouvelle ; si nous dépassons la limitation autodécrétée de la raison à ce qui est vérifiable par l'expérience, et si nous en découvrons toute l'amplitude. En ce sens, la théologie, pas seulement comme discipline historique et humano-scientifique, mais comme théologie véritable, c'est à dire comme interrogation sur la raison de la foi, doit avoir sa place à l'université et dans le grand dialogue avec les sciences.
Ce n'est qu'ainsi que nous deviendrons capables d'un vrai dialogue entre les cultures et les religions – un dialogue dont nous avons un urgent besoin. Dans le monde occidental domine largement l'opinion que seule la raison positiviste et les formes de philosophie qui en dérivent, sont universelles. Mais les cultures profondément religieuses du monde voient justement dans cette exclusion du divin de l'universalité de la raison une attaque contre leurs convictions les plus intimes. Une raison qui est sourde face au divin et repousse la religion au niveau des sous-cultures est incapable de s'insérer dans le dialogue des cultures. Et pourtant, la raison moderne des sciences de la nature, avec sa dimension platonicienne intrinsèque, porte en elle, comme j'ai tenté de le démontrer, une interrogation qui la transcende, elle et ses possibilités méthodologiques. Elle doit simplement accepter la structure rationnelle de la matière et les correspondances entre notre esprit et les structures rationnelles à l'œuvre dans la nature comme une donnée de fait, sur laquelle est fondé son parcours méthodologique. Mais la question du pourquoi de cette donnée de fait existe et doit être confiée par les sciences de la nature à d'autres niveaux et modes de pensée – à la philosophie et à la théologie. Pour la philosophie et, d'une façon différente, pour la théologie, écouter les grandes expériences et convictions des traditions religieuses de l'humanité, en particulier celles de la foi chrétienne, constitue une source de connaissance ; s'y refuser signifierait une réduction inacceptable de notre manière d'écouter et de répondre. Ici me vient à l'esprit une réflexion de Socrate à Phédon. Dans les échanges précédents s'étaient exprimées un grand nombre d'opinions philosophiques erronées. Alors Socrate déclara : " Il serait bien compréhensible que l'un d'entre vous, irrité par tant d'erreurs, prenne en haine pour le reste de sa vie tout discours sur l'être et le dénigre. Mais ce faisant, il perdrait la vérité de l'être et subirait un grand dommage ".
L'Occident est depuis longtemps menacé par l'aversion contre les interrogations fondamentales de sa raison et il ne peut qu'en subir un grand dommage. Le courage de s'ouvrir à l'amplitude de la raison, et non le refus de sa grandeur, tel est le programme par lequel une théologie engagée dans la réflexion sur la foi biblique entrera dans les débats du temps présent. " Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le logos est contraire à la nature de Dieu ", a déclaré Manuel II à son interlocuteur persan à partir de son image chrétienne de Dieu. C'est à ce grand logos, à cette immensité de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures. La retrouver nous mêmes à nouveau et toujours, c'est la grande tâche de l'université."

Benoît XVI

19 juillet 2006

Headbutt: le site


Voulez-vous écrire à Zizou ?
Vous serez, comme moi, publiés dans son livre d'or !
Vengeons-nous, resserrons-nous, parlons avec Zizou, il nous guérira de nos hésitations.
Sachons dire NON.

16 juillet 2006

The Head-Butt


Cela fait exactement une semaine que çà s'est passé. Il a parlé, ils en ont assez parlé, j'ai fait le tour du monde nécessaire, le travail de deuil de Coupe du Monde est largement dépassé. Les bons juges italiens ont sanctionné les truands de maffiosi de clubs pourris berlusconiens. J'ai appelé toutes les rédactions. L'événement de cette finale, ce n'est pas la pseudo-victoire d'une squadra de pirates tatoués, ratés, fumeurs et buveurs, de surcroît acheteurs d'arbitres, l'événement c'est Ciganne et son headbutt !
J'ai dit Ciganne, car c'est Silvia, ma soeur argentine qui l'a appelé ainsi, excédée par le comportement abject et vulgaire de supporters péninsulaires qu'elle a malheureusement croisés en Mer Baltique. Pauvre Silvia ! Elle ne connaît de l'Italie que les immigrés du début du XXème siècle qui sont venus rejoindre leurs frères espagnols sur les bords du Rio de la Plata... Si elle savait ce que sont les italiens devenus, bigots et téléphages de ce début du XXIème siècle, adieu Fellini, de Sica, Visconti, Pasolini, Calvino, Taviani, Benigni, Mastroianni, Tognazzi, Dante Alighieri, Michelangelo, Piero della Francesca, Giotto, Savonarole, tous oubliés, vendus, échangés contre des quatrièmes arbitres argentins téléphages qui confondent l'esprit et la lettre... Triste palinodie, symptomatique d'une Europe du Sud qui glisse puis se vautre dans le cloaque méditerranéen.
Ciganne, je te baise les pieds en signe d'allégeance ! Tu es un fabuleux dramaturge, un librettiste d'opéra, un modèle pour les quinquagénaires, un espoir pour le monde coincé et pollué dans lequel nous suffocons.
Vive le coup d'boule, le headbutt, le colpo di testa !!!
Quelle sortie aurait pu être plus grande que de dire non à tous les petits coups bas quotidiens, les permanentes insultes entredeux au ras du sol, les regards en coin, les savonnades par derrière, les croche-pieds les bras en l'air et le sourire devant l'arbitre, les bruits de couloir, les résultats truqués, les voyous cas sociaux, mais non, il faut rectifier la position, paraître intouchable, au-dessus de la mêlée, c'est la vertu qui l'emportera... En un mot, il faut être politiquement correct, ne pas s'affliger, ne pas dénoncer, ne pas s'emporter, ce ne serait pas télévisuel ! Vous ne passez pas, mon vieux !
Et merde, il a eu entièrement raison, c'est la plus belle sortie et surtout la plus belle leçon que l'on puisse retenir, la plus forte que l'on ait pu imaginer. Il a réagi, lui, il ne s'est pas laissé enfermer dans nos conventions globalisantes, issues tout droit des manières des WASP de la Nouvelle-Angleterre. C'est pour cela que çà fait du bruit. On sent confusément qu'il a eu raison, mais pourquoi ?
Parce que Zizou, même (surtout) sur un terrain de foot, il ne supporte que l'on insulte les siens. C'est bizarre, non ?






Merci, Zizou !

29 juin 2006

Panne de Blog

Il va bien falloir s'y remettre.
Je ne parlerai pas de la Coupe du Monde, à moins que...
Est-ce que j'intéresse quelqu'un à part moi ?
Se parler à soi-même représente 99% de la communication, ce qui pose la question de soi, même.
Cela me replonge dans l'enfer d'une réunion à organiser sur la neurophysiologie de moi et de l'autre. cela paraît snob, en fait c'est essentiel quand les questions sont bien posées.
Est-on capable de faire plus que de poser de bonnes questions ?

07 mai 2006

Déjà vendu

Je me sens un peu vide.

Rien depuis le 18 Mars. Et pourtant beaucoup trop. Mais j'ai de la difficulté à l'écrire. Il y a des moments pour vivre et d'autres pour écrire. Est-ce vrai ? Il faudra que j'interroge Echenoz.
Lisez Echenoz.
Oh, j'ai fait des topos, écrit deux papiers, agrandi mon Service, choisi une MEG, fait passer une thèse, nommer une Maître de Conf', terminé mon enseignement annuel (deux cours !!), j'ai passé quelques jours pluvieux à Porto et à Saint-Malo, équipé Catherine d'un GPS, mais je me sens entre deux..., plus ici pas encore là-bas, plus hier pas encore demain.
Toujours cet écueil, du mal à bazarder le passé. J'y réfléchis, croyez-le bien, mais quand le passé devient plus grand que l'avenir, il faut bien que votre tête se mette quelque part. Se dire que vous n'avez plus d'avenir.
Camus revient à la mode, vous avez vu ? Il a suffi que j'en parle, même à Alger on se le réapproprie.
La querelle des Anciens et des Modernes, puis le siècle des Lumières, et des anti-Lumières.. je viens de l'apprendre ils ont coexisté. Je suis en train de lire un livre déterminant sur les anti-Lumières, j'essaierai de vous en dire un mot quand je serai plus frais. Y a-t-il universalité de l'homme ? Vous voyez, je ne suis pas en état..

Hier, j'ai donné à un gentil monsieur les clés de Nominoë, mon bateau, il me reste la place, sans lui elle fait plus grande, peut-être on pourrait en mettre deux petits, non ?

Non ! Inutile d'insister. On n'y reviendra plus. On va de l'avant. Allez, on se remet au golf ! Il est vrai que je suis un "scholar" exemplaire au golf, j'ai appris trois fois trois années de rang, avec trois professeurs particulièrement enthousiasmants, j'ai lu de nombreux ouvrages de fond, j'ai lu les règles de Saint-Andrews en anglais et je peux même participer aux débats éthiques, mais je n'ai jamais eu l'outrecuidance de m'exhiber en dehors d'un practice. Ah, non, je ne suis pas comme tous ces parvenus, retraités, déguisés, électrifiés jusqu'à leur caddie, qui font tache sur le vert serein et altier de parcours superbes que j'admire. J'ai décidé d'en visiter plusieurs. M'émerveiller encore du calme qu'ils inspirent. Au demeurant, ça coûte moins cher.

A propos, je ne vois que des notaires en ce moment. Ils sont aussi captivants que les professeurs de golf. Je me pénètre de leur notion du temps. Le dernier, qui se nomme Amadeus, m'a conseillé de mettre mon pointu au Cap Corse, c'est tranquille. Bonne idée, mais il faudra une maison. Non, je ne veux plus recommencer avec les maisons, surtout en Corse, elle serait capable de la faire sauter, juste par esprit d'anticipation...

Les agents immobiliers appellent moins. Les banquiers plus.

Catherine ! Non, tu n'as pas fait çà ?!

18 mars 2006

Marseille avec vue

Elle a TOUT vendu !
Il ne me reste plus que quelques cailloux et la mer.
Pourvu qu'elle ne la démonte pas...

Elle va vendre ma grosse voiture, celle qui fait de moi un notable. Elle dit qu'elle va m'en acheter une toute petite pour monter au Grand Balcon, c'est au fond à gauche dans cette ruelle qu'elle va me mettre. Je serai bien là, c'est tranquille, et c'est abrité du mistral. C'est en hauteur aussi, je survivrai au tsunami, elle a pensé à tout.

Si elle me prend ma petite voiture, il me reste un moteur hors-bord, 3 chevaux Yamaha, mais je n'ai plus de bateau.
Alors, je vais marcher, c'est bon pour moi, et Marseille est si belle, vous ne trouvez pas ? Cliquez là-haut, sur le titre...

Il paraît qu'on peut louer des pointus, elle m'a dit. J'espère qu'elle voudra bien embarquer avec moi.
Se contenter de peu.

11 mars 2006

Malmousque


Qui mon père a-t-il jamais voulu être ? Teilhard de Chardin ou Jules Marie ?
De fait, il s'est avéré être un très grand Doyen, et un pêcheur en progression constante... J'ai bien mis un accent circonflexe sur le e.
Ma mère ne l'aimait ni en jésuite ni en capitaine de doris. De toutes manières, elle préférait Fred Astaire, et comme mon père "ne dansait bien qu'avec les autres", c'était irrattrapable...
Trop snob, je n'ai été pêcheur que par la volonté paternelle, et ceux qui l'ont connu dans les années soixante (je précise: avant 68) savent que mon engouement pour la marine à voile ne pouvait s'avouer que dans la clandestinité.
Autant s'en débarrasser tout de suite, je n'ai jamais été sensible à la rustique beauté du doris, et j'ai toujours douté de ses qualités marines (qu'est-ce que je dis là ?). Le fond est trop étroit, les bords trop ouverts, gare à ne jamais se mettre en travers de la vague, il ne chavire pas mais il vous largue ! Le nombre de pauvres marins bretons qui ont péri au large de Terre-Neuve, souvenez-vous...
A Marseille, vous vous sentez bien là où sont les pêcheurs. Sormiou, les Goudes, le vallon des Auffes, Malmousque et l'Estaque. Les calanques sont devenus des ports, sur les cailloux se sont accrochés les cabanons. Et dans les ports il y a des pointus. Toujours snob, je suis tombé sous le charme des pointus. Un pointu, çà inspire confiance. C'est rondouillard, et cintré en même temps, la proue est élégante, et il y a un nez pour se tenir quand le pastis a trop adonné. C'est un bateau pour se mettre à table, la trinquette se déploie idéalement pour vous garder du soleil, une belle nappe jetée sur la capot du moteur, on peut s'asseoir à quatre tout autour. Le moteur, il n'a pas le temps de chauffer, juste pour se déhaler de l'anse de Malmousque et mouiller sous la digue des Catalans. Quand vous y êtes, vous comprenez que la Méditerranée est vraiment une mère, Mare Nostrum, que rien n'oserait mettre un terme à la plénitude exquise du moment où le fumet du petit rouget grillé se mêle au Pibarnon blanc, rien, pas même la marée, juste la sieste.
Voilà pourquoi je reviens vers cette idée du bonheur, que décrit naïvement ce petit guide webbique: "A quelques pas du Marégraphe et de l'anse de la Fausse Monnaie, Malmousque est un petit village de pêcheurs dont les criques sont très appréciées des baigneurs".
Allez donc consulter ce guide, il vous offre une visite "virtuelle" d'un paradis bien réel:http://www.marseillenet.com/marseille-malmousque-1-1.html
Jules Marie, si tu avais vécu ici, tu aurais été un peu plus bavard, tu n'aurais pas emporté avec toi le secret de la pêche au bar à l'arrêt, sans bouger. j'en aurais bien besoin aujourd'hui pour le loup son cousin. Mon père, je vais de ce pas acheter mes lignes, et un petit tremail. Au moins je serai équipé, c'est important. Ne dis surtout pas à maman que je quitte Pierre Puget, ma rue de Montfort marseillaise, elle le prendrait mal... Comment dit-on ? Bo-Bo ? Quelque chose comme çà...

PS: pour ceux qui ne savent pas, cliquez bien aussi sur le titre, c'est magique !

21 février 2006

La droite et le pouvoir à Aix-en-Provence

Alors qu’elle aborde le dernier tiers de son mandat à la mairie d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini peut déjà être certaine que la conquête d’un second mandat en 2008 lui vaudra une rude bataille. Son bilan à la tête de la municipalité est critiqué, à gauche comme à droite, et l’espoir d’une nouvelle unité de la droite pour les prochaines élections s’annonce compromise.

La désunion de la droite à Aix-en-Provence n’est pas un phénomène nouveau. Dans les années 1970, la droite, bien ancrée à la Mairie, avait perdu le bénéfice de sa victoire aux élections municipales pour cause de fraude électorale ; puis dans les années 1980, alors qu’elle avait reconquis le pouvoir, une déchirure interne sur fond de décision de justice (condamnation pour abus de biens sociaux de Alain Joissains, alors maire, en 1983) l’a encore fait perdre aux élections municipales de 1989. Dès lors, malgré une ville marquée politiquement, la droite est irrémédiablement touchée par des conflits d’intérêt nuisant à son image au profit d’une gauche opportuniste qui s’est toujours jouée de cette situation. Selon Jean-François Picheral (PS), dernier maire d’Aix-en-Provence, la gauche s’est constamment imposée grâce à la « médiocrité » de ses adversaires divisés.

Lors des dernières élections municipales de 2001, une union s’était dessinée à droite pour déjouer les ambitions du maire sortant, pourtant favorisé par un bilan satisfaisant. Malgré des sondages favorables (62% des Aixois estimaient que la municipalité socialiste avait effectué un bon travail lors du mandat de Jean-François Picheral), celui-ci a été rattrapé par les thèmes fédérateurs chers à la droite (insécurité, proximité, conservatisme) face à son désir d’exploiter tout le potentiel aixois, riche et moderne. Selon Jean Viard, sociologue aixois interrogé par Libération à cette occasion, la victoire de la droite était due à un discours proche de celui de l’extrême droite, basé sur « la proximité idéologique d’une droite de terrain » plutôt que sur des projets viables et crédibles. Les échéances électorales de ces dernières années ont légitimé le vote Front National dans la région et ont poussé la droite traditionnelle à se positionner sur un programme plus identitaire et proche des préoccupations sécuritaires de la population. Ce fut le cas à Aix-en-Provence, où les électeurs se sont finalement rassemblés autour de Maryse Joissains-Masini, qui a remporté le scrutin à une courte majorité. Cette thèse est confirmée par le représentant local du Front National, Gérard Beyer, qui insinue que l’actuelle maire l’a emporté uniquement grâce aux voix de ses sympathisants. Selon lui, « la ‘lepénisation’ des esprits se fait toute seule » et Aix-en-Provence n’y échappe pas.

Quelques mois auront suffit pour briser l’élan de la droite unifiée de mars 2001. François-Xavier de Peretti, pourtant 3ème adjoint à la mairie, s’est progressivement retrouvé dans l’opposition. Il affirme que l’incapacité sans laquelle il était d’imposer ses projets a provoqué son « divorce politique » d’avec l’UMP, à qui il reproche l’absence de vision pour la ville. Ses griefs sont nombreux. Il se plaint notamment des pratiques du premier magistrat de la ville visant à faire taire par tous les moyens possibles les voix qui s’élèvent contre elle. L’élu UDF rajoute qu’il faut « réinventer un projet de vie pour répondre aux problèmes de la ville » et met en avant les atouts d’Aix-en-Provence qui ne sont pas, selon lui, exploités à leur juste valeur. C’est ainsi que M. de Peretti a créé le mouvement « Union pour Aix » dans « une logique d’ouverture et d’élargissement ». Il veut rassembler tous les déçus de l’administration de la ville par Maryse Joissains-Masini, lui permettant de « ratisser le plus largement possible » autour d’un véritable projet de développement local dynamique. Les opposants à la municipalité décrient une absence d’engagement, de projets nouveaux en raison d’une situation financière délicate et un populisme exacerbé. La fracture idéologique à droite est donc toujours bien présente et la gauche pourrait bien réapparaître à nouveau au tournant pour récolter les fruits de ces divergences.

Selon Michel Pezet, candidat pour représenter le PS lors des prochaines élections municipales et soutenu par Jean-François Picheral, « la droite est divisée et le restera ». Il estime que « le bateau est secoué de toute part » et que la situation est irrattrapable. L’élu marseillais constate un « dégrisement » de la plupart des électeurs de l’actuelle maire et croit en les chances de l’opposition pour 2008. Les divergences de la gauche au niveau local ne sont pourtant pas absentes depuis les débats sur le référendum du 29 mai 2005 sur le projet de constitution européenne. Selon Laurent Perallat, trésorier des Verts à Aix-en-Provence, il y a également une division au sein de la gauche locale qui est « le reflet de la division nationale ». Ces oppositions internes troubleront-elles une gauche qui a toujours su s’unir auparavant lors des prochaines élections municipales ? Il semble que non. Tous les représentants de la gauche aixoise s’accordent pour dire que les échéances nationales de 2007 (élections présidentielles et législatives) permettront déjà d’y voir plus clair dans la ligne de conduite de leur parti respectif. Certains comme Michel Pezet sont plus confiants et déterminés que d’autres et pensent que les socialistes n’auront aucun intérêt à se diviser alors que la droite abordera probablement les élections toujours plus divisée.

Enfin, Jean-François Picheral, qui a beaucoup de respect pour François-Xavier de Peretti, verrait bien l’élu UDF se rallier finalement à l’union de la gauche en cas de second tour l’opposant à Maryse Joissains-Masini. Cette alliance inédite démontrerait une fois de plus le tourment dans lequel Aix-en-Provence, ville pourtant offerte à la droite depuis des décennies, risque de tomber dès les prochaines élections municipales. La droite a donc toujours beaucoup de travail devant elle avant d’obtenir une véritable union stable et efficace et pouvoir conserver une mairie très convoitée.

Corentin Chauvel & Alexander Paull, 14 décembre 2005

03 février 2006

Corentin journaliste

Le gaz est-il le dernier moyen restant à la Russie pour maîtriser ses anciens satellites ?

Il peut être dangereux de contester l’autorité russe, surtout au milieu d’un hiver plus rigoureux que d’habitude à l’Est de l’Europe. Les trois explosions qui ont touché, le week-end dernier, le gazoduc et une ligne électrique reliant la Russie à la Géorgie ont provoqué une nouvelle crise entre les deux pays. L’ancien satellite russe a été privé provisoirement de gaz et d’une partie de son électricité.
Il semblerait que cela soit un nouveau rebondissement dans la « guerre » du gaz qui a débuté le mois dernier entre la Russie et l’Ukraine. Ces troubles apparaissent comme bien plus sérieux qu’un conflit sur l’augmentation des prix. Les enjeux liés aux matières premières comme le pétrole ou le gaz dépassent aujourd’hui le simple cadre économique. Les pays qui ont les plus grandes réserves dans leur sol placent ainsi les autres, riches ou pauvres, dans une position de dépendance forcée et tirent les ficelles d’un jeu diplomatique très serré. Ces ressources énergétiques vitales, que l’on ne surnomme pas « or » (noir, bleu) sans raison, sont pour les Etats qui en sont abondamment pourvus une considérable source d’influence.
Le récent conflit russo-ukrainien a été l’élément déclencheur de cette guerre du gaz. Sous prétexte de vouloir augmenter les prix du gaz pour rattraper les valeurs internationales, la compagnie publique russe Gazprom a fermé les vannes d’exportation de gaz transitant par son pays voisin. Mais surtout, l’Ukraine exigeait de pouvoir continuer à se servir dans les ressources à destination de l’Europe de l’Ouest, ce que refusa catégoriquement la Russie. Moscou revint ainsi sur une habitude qu’avaient pris les Ukrainiens jusqu’alors, quand leur régime politique était encore similaire. Les nouveaux incidents, qui impliquent cette fois la Géorgie, sont semblables à la situation ukrainienne.
Gazprom avait indiqué que ses tarifs allaient croître très fortement le 1er janvier 2006, pour se placer au niveau du marché international, et avait précisé l’abandon des offres préférentielles envers toutes les ex-républiques Soviétiques. Les conséquences devaient donc être les mêmes pour tous, alliés de la Fédération russe ou non. Cette décision ne touche cependant pas tous les pays concernés de la même façon. Quand l’Arménie se voit adjuger un délai de mise en vigueur de cette hausse des prix, la Géorgie, principale victime des explosions de dimanche, voit Gazprom lui proposer des solutions désavantageuses, sous forme de « crédits pour le paiement du gaz en échange du rachat de leurs réseaux de gazoducs ou d'installations électriques », tout cela sans délai. Erevan, touchée de la même manière par la coupure qu’a subi son voisin géorgien, est également soumise à ces contraintes, mais sa docilité face au Kremlin devrait lui permettre d’être moins pénalisée. Néanmoins, ce n’est pas tant l’augmentation de la facture du gaz qui a irrité Tbilissi, que la soumission de Moscou aux pays d’Europe occidentale. En effet, la Russie fournit de manière continue ses clients importants, et ce malgré la pénurie en ressources énergétiques qu’elle connaît à l’heure actuelle. Le président géorgien M. Saakachvili s’est insurgé contre ce mépris, accusant son voisin d’avoir perpétré ces « sabotages » en vue d’affaiblir la Géorgie dans un moment critique.
Les analyses considérant que le Kremlin a voulu, par l’intermédiaire de ces derniers évènements, punir ces anciens pays sous tutelle russe pour leurs révolutions démocratiques et leurs destinées désormais pro-occidentales, foisonnent. On pense déjà au retour d’un certain impérialisme de l’ancien bloc soviétique. Tous les anciens satellites russes passés dans le camp démocratique s’apprêtent à subir les nouvelles tarifications du gaz et ainsi payer les conséquences de leur revirement politique. En plus de l’Ukraine et de la Géorgie, les Etats Baltes, la Moldavie ou le Turkménistan dépendent toujours fortement de leur voisin russe et le soutien des Occidentaux n’y peut rien.
Depuis que Vladimir Poutine a repris les rênes des grandes entreprises russes en renvoyant les oligarques, la Russie voudrait se réaffirmer sur l’échiquier mondial en imposant des contraintes à sa sphère d’influence et jusque dans l’inquiète Union Européenne. C’est dans cette stratégie à long terme qu’elle utiliserait désormais la menace que sont devenues les matières premières, comme le font la plupart des pays arabes avec le pétrole. L’enjeu pour les Occidentaux réside désormais dans la manière dont ils se sortiront de cette dépendance énergétique qui est d’ores et déjà le mal de ce nouveau siècle. Après les différentes crises de l’or noir, c’est l’or bleu qui pourrait faire trembler les puissants, avertis par ces événements qui ne sont que les premiers signaux d’un conflit de plus grande envergure.
Corentin Chauvel 27 janvier 2006

11 janvier 2006

Le Rustique

Le petit dernier a été le premier à comprendre dans quelle famille il était tombé.

Un mot d'ordre: résister.
Mais d'abord subsister.
Pragmatique, il n'a jamais fait de différence entre le sucré et le salé. Ce qui lui a permis dès l'école primaire de se nourrir goulûment du panier des autres, engouffrant le sandwich au jambon de Foué et la tarte aux fraises de Julie d'une même bouchée: il fallait faire vite avant que les mères ne rappliquent... Je le revois assis à la porte de Jean Zay empilant sous un coude les restes épars des goûters de ses petits camarades bourgeois donc rassasiés, et maintenant sous l'autre son cartable bien droit, ce qui avait l'avantage de l'affecter d'une contenance sérieuse et de masquer habilement le butin. Rapide et organisé.
Un peu plus tard au pays des Chouans, la patronne de l'Escargot Vendéen apprit à ses dépens ce que "buffet de hors d'oeuvre à volonté" veut dire quand il est pris au mot. Dans les Deux-Sèvres désormais, c'est une entrée ou un plat et un dessert, pas les trois. Il n'y a plus guère dans cette contrée de "chariot des pâtisseries" depuis notre passage mémorable vers la fin du XXème siècle.
Vingt ans de résistance.
Bon anniversaire Titi, je t'en souhaite encore au moins cent à dévorer à pleines dents !