Le gaz est-il le dernier moyen restant à la Russie pour maîtriser ses anciens satellites ?
Il peut être dangereux de contester l’autorité russe, surtout au milieu d’un hiver plus rigoureux que d’habitude à l’Est de l’Europe. Les trois explosions qui ont touché, le week-end dernier, le gazoduc et une ligne électrique reliant la Russie à la Géorgie ont provoqué une nouvelle crise entre les deux pays. L’ancien satellite russe a été privé provisoirement de gaz et d’une partie de son électricité.
Il semblerait que cela soit un nouveau rebondissement dans la « guerre » du gaz qui a débuté le mois dernier entre la Russie et l’Ukraine. Ces troubles apparaissent comme bien plus sérieux qu’un conflit sur l’augmentation des prix. Les enjeux liés aux matières premières comme le pétrole ou le gaz dépassent aujourd’hui le simple cadre économique. Les pays qui ont les plus grandes réserves dans leur sol placent ainsi les autres, riches ou pauvres, dans une position de dépendance forcée et tirent les ficelles d’un jeu diplomatique très serré. Ces ressources énergétiques vitales, que l’on ne surnomme pas « or » (noir, bleu) sans raison, sont pour les Etats qui en sont abondamment pourvus une considérable source d’influence.
Le récent conflit russo-ukrainien a été l’élément déclencheur de cette guerre du gaz. Sous prétexte de vouloir augmenter les prix du gaz pour rattraper les valeurs internationales, la compagnie publique russe Gazprom a fermé les vannes d’exportation de gaz transitant par son pays voisin. Mais surtout, l’Ukraine exigeait de pouvoir continuer à se servir dans les ressources à destination de l’Europe de l’Ouest, ce que refusa catégoriquement la Russie. Moscou revint ainsi sur une habitude qu’avaient pris les Ukrainiens jusqu’alors, quand leur régime politique était encore similaire. Les nouveaux incidents, qui impliquent cette fois la Géorgie, sont semblables à la situation ukrainienne.
Gazprom avait indiqué que ses tarifs allaient croître très fortement le 1er janvier 2006, pour se placer au niveau du marché international, et avait précisé l’abandon des offres préférentielles envers toutes les ex-républiques Soviétiques. Les conséquences devaient donc être les mêmes pour tous, alliés de la Fédération russe ou non. Cette décision ne touche cependant pas tous les pays concernés de la même façon. Quand l’Arménie se voit adjuger un délai de mise en vigueur de cette hausse des prix, la Géorgie, principale victime des explosions de dimanche, voit Gazprom lui proposer des solutions désavantageuses, sous forme de « crédits pour le paiement du gaz en échange du rachat de leurs réseaux de gazoducs ou d'installations électriques », tout cela sans délai. Erevan, touchée de la même manière par la coupure qu’a subi son voisin géorgien, est également soumise à ces contraintes, mais sa docilité face au Kremlin devrait lui permettre d’être moins pénalisée. Néanmoins, ce n’est pas tant l’augmentation de la facture du gaz qui a irrité Tbilissi, que la soumission de Moscou aux pays d’Europe occidentale. En effet, la Russie fournit de manière continue ses clients importants, et ce malgré la pénurie en ressources énergétiques qu’elle connaît à l’heure actuelle. Le président géorgien M. Saakachvili s’est insurgé contre ce mépris, accusant son voisin d’avoir perpétré ces « sabotages » en vue d’affaiblir la Géorgie dans un moment critique.
Les analyses considérant que le Kremlin a voulu, par l’intermédiaire de ces derniers évènements, punir ces anciens pays sous tutelle russe pour leurs révolutions démocratiques et leurs destinées désormais pro-occidentales, foisonnent. On pense déjà au retour d’un certain impérialisme de l’ancien bloc soviétique. Tous les anciens satellites russes passés dans le camp démocratique s’apprêtent à subir les nouvelles tarifications du gaz et ainsi payer les conséquences de leur revirement politique. En plus de l’Ukraine et de la Géorgie, les Etats Baltes, la Moldavie ou le Turkménistan dépendent toujours fortement de leur voisin russe et le soutien des Occidentaux n’y peut rien.
Depuis que Vladimir Poutine a repris les rênes des grandes entreprises russes en renvoyant les oligarques, la Russie voudrait se réaffirmer sur l’échiquier mondial en imposant des contraintes à sa sphère d’influence et jusque dans l’inquiète Union Européenne. C’est dans cette stratégie à long terme qu’elle utiliserait désormais la menace que sont devenues les matières premières, comme le font la plupart des pays arabes avec le pétrole. L’enjeu pour les Occidentaux réside désormais dans la manière dont ils se sortiront de cette dépendance énergétique qui est d’ores et déjà le mal de ce nouveau siècle. Après les différentes crises de l’or noir, c’est l’or bleu qui pourrait faire trembler les puissants, avertis par ces événements qui ne sont que les premiers signaux d’un conflit de plus grande envergure.
Il peut être dangereux de contester l’autorité russe, surtout au milieu d’un hiver plus rigoureux que d’habitude à l’Est de l’Europe. Les trois explosions qui ont touché, le week-end dernier, le gazoduc et une ligne électrique reliant la Russie à la Géorgie ont provoqué une nouvelle crise entre les deux pays. L’ancien satellite russe a été privé provisoirement de gaz et d’une partie de son électricité.
Il semblerait que cela soit un nouveau rebondissement dans la « guerre » du gaz qui a débuté le mois dernier entre la Russie et l’Ukraine. Ces troubles apparaissent comme bien plus sérieux qu’un conflit sur l’augmentation des prix. Les enjeux liés aux matières premières comme le pétrole ou le gaz dépassent aujourd’hui le simple cadre économique. Les pays qui ont les plus grandes réserves dans leur sol placent ainsi les autres, riches ou pauvres, dans une position de dépendance forcée et tirent les ficelles d’un jeu diplomatique très serré. Ces ressources énergétiques vitales, que l’on ne surnomme pas « or » (noir, bleu) sans raison, sont pour les Etats qui en sont abondamment pourvus une considérable source d’influence.
Le récent conflit russo-ukrainien a été l’élément déclencheur de cette guerre du gaz. Sous prétexte de vouloir augmenter les prix du gaz pour rattraper les valeurs internationales, la compagnie publique russe Gazprom a fermé les vannes d’exportation de gaz transitant par son pays voisin. Mais surtout, l’Ukraine exigeait de pouvoir continuer à se servir dans les ressources à destination de l’Europe de l’Ouest, ce que refusa catégoriquement la Russie. Moscou revint ainsi sur une habitude qu’avaient pris les Ukrainiens jusqu’alors, quand leur régime politique était encore similaire. Les nouveaux incidents, qui impliquent cette fois la Géorgie, sont semblables à la situation ukrainienne.
Gazprom avait indiqué que ses tarifs allaient croître très fortement le 1er janvier 2006, pour se placer au niveau du marché international, et avait précisé l’abandon des offres préférentielles envers toutes les ex-républiques Soviétiques. Les conséquences devaient donc être les mêmes pour tous, alliés de la Fédération russe ou non. Cette décision ne touche cependant pas tous les pays concernés de la même façon. Quand l’Arménie se voit adjuger un délai de mise en vigueur de cette hausse des prix, la Géorgie, principale victime des explosions de dimanche, voit Gazprom lui proposer des solutions désavantageuses, sous forme de « crédits pour le paiement du gaz en échange du rachat de leurs réseaux de gazoducs ou d'installations électriques », tout cela sans délai. Erevan, touchée de la même manière par la coupure qu’a subi son voisin géorgien, est également soumise à ces contraintes, mais sa docilité face au Kremlin devrait lui permettre d’être moins pénalisée. Néanmoins, ce n’est pas tant l’augmentation de la facture du gaz qui a irrité Tbilissi, que la soumission de Moscou aux pays d’Europe occidentale. En effet, la Russie fournit de manière continue ses clients importants, et ce malgré la pénurie en ressources énergétiques qu’elle connaît à l’heure actuelle. Le président géorgien M. Saakachvili s’est insurgé contre ce mépris, accusant son voisin d’avoir perpétré ces « sabotages » en vue d’affaiblir la Géorgie dans un moment critique.
Les analyses considérant que le Kremlin a voulu, par l’intermédiaire de ces derniers évènements, punir ces anciens pays sous tutelle russe pour leurs révolutions démocratiques et leurs destinées désormais pro-occidentales, foisonnent. On pense déjà au retour d’un certain impérialisme de l’ancien bloc soviétique. Tous les anciens satellites russes passés dans le camp démocratique s’apprêtent à subir les nouvelles tarifications du gaz et ainsi payer les conséquences de leur revirement politique. En plus de l’Ukraine et de la Géorgie, les Etats Baltes, la Moldavie ou le Turkménistan dépendent toujours fortement de leur voisin russe et le soutien des Occidentaux n’y peut rien.
Depuis que Vladimir Poutine a repris les rênes des grandes entreprises russes en renvoyant les oligarques, la Russie voudrait se réaffirmer sur l’échiquier mondial en imposant des contraintes à sa sphère d’influence et jusque dans l’inquiète Union Européenne. C’est dans cette stratégie à long terme qu’elle utiliserait désormais la menace que sont devenues les matières premières, comme le font la plupart des pays arabes avec le pétrole. L’enjeu pour les Occidentaux réside désormais dans la manière dont ils se sortiront de cette dépendance énergétique qui est d’ores et déjà le mal de ce nouveau siècle. Après les différentes crises de l’or noir, c’est l’or bleu qui pourrait faire trembler les puissants, avertis par ces événements qui ne sont que les premiers signaux d’un conflit de plus grande envergure.
Corentin Chauvel 27 janvier 2006
1 commentaire:
Wouah, trop bien écrit !
Corentin C.
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