24 avril 2013
24 Avril, en traversant la France
05 mai 2012
Racines Chrétiennes
Mais Bon Dieu que fais-tu ? Où es-tu ?
A Cuba ?
A la Scala ?
Ne te préoccupes-tu plus de la fille ainée de l'Eglise ?
J'avais confiance en toi. Malgré tes petits côtés. Les mauvaises langues prétendent que tu étais l'inspirateur de Jean-Paul II, jet-star rétro béatifiée sur son seul dossier médias/communication, je ne les ai pas crues. Tu avais une autre envergure intellectuelle, une profondeur de réflexion sur l'évolution du monde, une exceptionnelle disposition à réfléchir sur la raison de la foi en n'omettant pas la foi en la raison, jamais bien comprise par les journalistes (dont ce n'est pas le meilleur répertoire...). J'attendais de toi du courage sinon politique, du moins moral. Des prises de position sur l'amour, la haine, la violence ou la fraternité dans leurs modernes expressions plutôt que des invectives sur les capotes ou l'avortement.
Tu mollis, mon Pape, tu n'es pas loin de me décevoir. Tu as attendu Pâques pour condamner l'"effusion de sang" en Syrie et le piétinement de tous les droits humains.
Mais quelle faiblesse avec les hérétiques et les faux prophètes...
Nous en avons un vrai ici, et tu le laisses déblatérer en toute impunité. Déjà en 2007, le chanoine de Saint Jean de Latran avait impressionné par la hauteur de sa vision sur les racines chrétiennes de la France :
"Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelleSainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean deLatran, ce n’est pas rien. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c’est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition."
Et je te fais grâce du passage sur la vocation du prêtre comparée à celle du président de la république équivalente et sublimée, sur l'instituteur dont le charisme et l'espérance n'atteindront jamais ceux du curé. Bon, c'était un peu sot, un peu scolaire, un peu trop copié-collé Wikipédia par Guaino, pas vraiment méchant. C'était un jeune chanoine, convenons-en. Tu n'as rien dit, il t'avait offert le matin deux livres de Bernanos, dont tu raffoles, il t'était difficile d'être désagréable.
Mais sur les Roms, là tu as été au dessous de tout. Les évêques de France t'avaient tracé la voie, ils avaient vigoureusement protesté contre l'expulsion des bohémiens par le chanoine déguisé en Joe Dalton. Tu le reçois deux mois plus tard, pas un mot sur la question. Tu le laisses prendre une mauvaise photo avec son iPhone pour Carla, et tu ne vas même pas jusqu'à évoquer les "légitimes diversités humaines", allusion au problème interprétée comme un réprobation par les journalistes (décidément, ils n'entendent rien à aucun de tes jargons...).
Mais où étais-tu depuis quinze jours ? Tu laisses ce type qui se prétend gardien du peuple proférer un discours de haine, de violence sociale, de désignation de l'étranger comme la source de tous nos maux, de protection des frontières, bref le pamphlet du Front National dans le texte avec le ton, et ce... au nom des racines chrétiennes de la France !!!
Et toi, mon Pape, tu ne réagis pas ?? Le Vatican est-il aux abonnés absents ?
Tu peux m'expliquer ce qu'est être chrétien aujourd'hui ? Si ce que j'ai entendu sortir de la bouche du chanoine de Saint Jean de Latran au cours de cette campagne électorale est une parole chrétienne, je bouffe ma Bible pliée en quatre, et je deviens l'Alligbonon Akpochihala Essoumon, prêtre vaudou d'Endoume.
J'aurais dû me douter qu'à partir du moment où tu ne faisais aucun commentaire sur les processions des Le Pen et leurs incantations autour de l'illuminée de la Place des Pyramides, qui étaient du même acabit, tu gardais un petit faible envers les ouailles de Mgr Lefebvre.
Non, mon Pape, ne me laisse pas croire que toi qui as pu écrire "Deus Caritas Est", superbe encyclique refondant l'action caritative chrétienne en la désécularisant, tu puisses te taire face à ce néo-pharisianisme qui vient de déshonorer l'image de la France des Lumières, dont tu as subi, du moins le croyais-je, l'influence.
Un peu de courage, mon vieux Pape, reprends-toi sinon tu n'échapperas pas à un petit séjour en Purgatoire, tous frais payés par l'UMP. A moins que tu ne sois toi aussi qu'un homme ? Un politique au double langage ?
Enfin, tu viens de réaffirmer l'actualité de "Pacem in Terris" la grande encyclique de Jean XXIII, de bannir le « langage stérile de la récrimination mutuelle qui ne mène à rien », d'inviter à « engager un dialogue créatif entre l’Église et le monde, entre croyants et non-croyants, promouvant une vision chrétienne de la place de l’homme dans le monde », et tu nous laisses nous enfoncer dans les cloaques de l'intolérance et du mensonge. Dans cette même veine, mon petit Pape, il y a à peine trois jours, tu as pu lancer : « Les maux et les injustices historiques ne peuvent être surmontés que si les hommes et les femmes sont inspirés par un message de guérison et d’espoir, un message qui propose une voie vers l’avant, hors d’une impasse qui emprisonne souvent les peuples et les nations dans le cercle vicieux de la violence », et là je te sens dans ton rôle, tu es véritablement meilleur en jardinier des racines chrétiennes, tu es comme je m'attendais à ce que tu sois, ...
Comme nous nous attendions....
Sommes nous si seuls ?
27 avril 2012
22 avril 2012
Le petit bruit du bulletin dans l'urne au petit matin
Malgré mes imprécations, mes mises en garde diagnostiques, et mon pronostic, il était passé.
Le charme de Ségolène n'avait touché que quelques rêveurs dans mon style, près de 50% des électeurs...
Pas de charme cette année. La seule grande voix de la campagne, c'est à coup sûr celle de Mélenchon. Cette parole libre et fraternelle au bord de la Méditerranée est certainement celle qui a manqué à la France en ces temps étriqués et frileux. La France est devenue en cinq ans un petit pays, sans idée, sans élan, ne laissant diffuser à l'étranger que les agitations clownesques de son petit président en guise de message culturel... Joe Dalton. Mélenchon a su dire que nous restons des hommes, pas des tiroir-caisses. J'en entends, souvent des proches qui, du haut de leur condescendance irréfléchie, font remarquer qu'un tel programme est loin de la réalité, de la rationalité de la finance qui nous mène... C'est avoir la vue courte et n'avoir tiré aucune leçon de ce qui s'est passé depuis 2008. Comment avoir la moindre considération pour les "professionnels" des marchés après cette crise ? Qui sont les fumistes ? Qui sont les voleurs impénitents ? Quel crédit (!) accorder aux économistes, qui se sont révélés incapables d'anticiper l'évolution mondiale des déséquilibres ? Il est d'ailleurs complètement ridicule d'attribuer un Prix Nobel d'Economie à ce qui n'est ni une science ni un art ni un humanisme. L'économie n'est tout au plus que de la statistique, puis de la comptabilité. Il n'y a plus de grande pensée dans ce bazar depuis bien longtemps.
Par contre, la politique devrait prendre conscience qu'elle doit reprendre la main, qu'elle doit manifester que les peuples ont le droit d'exprimer dans quelle direction ils veulent aller, et comment. Retrouver un sens nouveau de l'Etat. Maîtriser l'argent. Juguler la consommation abêtissante. Oui, il faudrait quelque chose comme une révolution pour cela. Ce qui empêche beaucoup de franchir ce cap, c'est la peur, la peur de prendre position haut et fort au niveau international à contre-courant. A contre-courant ? Non, car les analyses politiques se bornent trop souvent à désigner les peuples par leur gouvernement. Là est l'erreur. Croire que la France c'est Sarkozy, est-ce correct ? Nous oublions que la majorité des citoyens est en désaccord avec ceux qui les gouvernent dans tous les pays du monde.
Il reste à exprimer autre chose que la résignation.
Procéder par étapes.
Pas de place pour le charme cette année. L'urgence est de se débarrasser de Joe Dalton.
Hollande est ordinaire, il faut en passer par là. Les dirigeants ne font jamais ce qu'ils annoncent. C'est ce qu'ils ont en eux, leur structure mentale qui compte. C'est leur cerveau limbique, et ses interactions avec le cortex frontal, qu'il faut estimer. Nous avons de plus en plus accès à cette clinique avec les médias. Donc, le choix est assez simple.
Le vote est un acte beau et dur, plein de frustration et de grandeur, qui donne à réfléchir à notre condition de simple élément d'un ensemble, d'où émergera la décision. Petit noeud fragile mais indispensable d'un immense réseau. Un "corps" électoral, le mot est bien choisi, dont chacun n'est qu'une cellule.
Dans le film "The Artist", George Valentin, hanté par la fin du cinéma muet, perçoit dans son rêve le bruit assourdissant de la feuille morte lorsqu'elle touche le sol. J'ai souffert ce matin que mon petit bulletin dans sa petite enveloppe bleue toute pareille aux autres se mêle gentiment à ses congénères sans tremblement ni déflagration. Fera-t-il le poids ?
C'est ce qu'on appelle la démocratie.
08 mars 2012
04 mars 2012
"L'État blessé", le livre qui accable Sarkozy
Voici un excellent commentaire de Michel Winock du livre de Jean-Noël Jeanneney, qui va sortir mardi prochain. C'est dans Huffington Post le 2 Mars.
C'est exactement ce que je pense sur la honte d'avoir Joe Dalton comme Président de la République. Je dois faire remarquer que ce surnom de "Joe Dalton" lui a été donné par Djamel Debbouze...
À l'heure des bilans d'un quinquennat qui s'achève, je recommanderais vivement l'ouvrage de Jean-Noël Jeanneney, dans la collection Café Voltaire de Flammarion. Cet ouvrage n'est pas un de ces libelles de campagne électorale dont les mots d'auteur, les leçons de morale et la verve pamphlétaire font la nature. C'est un livre sobre, descriptif et néanmoins accablant pour le président sortant. L'objet en est la manière dont celui-ci a abaissé l'État par des pratiques inconciliables avec les traditions républicaines, que nous ont léguées notamment Gambetta, Clémenceau, Jaurès et de Gaulle.
Le "car tel est mon bon plaisir" du président s'est manifesté dans tous les domaines. Veut-il rendre hommage à Simone Veil? Il lui attribue d'emblée la grand-croix de la Légion d'honneur alors qu'elle n'en avait pas gravi le premier échelon (on n'a pas protesté parce que c'est une grande dame et tout le monde l'admire). Le pavillon de la Lanterne, réservé jusqu'à lui au Premier ministre, lui plaît-il? Il se l'annexe sans vergogne. Il entend s'occuper de tout, réduisant son Premier ministre aux fonctions d'un sous-ordre, au point que, décidant de réunir ses ministres favoris en conseil informel, il en exclut François Fillon. D'une manière générale, le court-circuitage des ministres a été de règle, même quand il s'agissait d'Alain Juppé: on se souvient de l'épisode de l'entrée en guerre en Libye.
Jean-Noël Jeanneney précise comment les contre-pouvoirs légaux, à commencer par les décisions du Conseil constitutionnel, ont été violentés, contournés, méprisés. Comment des nominations irrégulières se sont multipliées et comment le président s'est arrogé le choix des dirigeants de France Télévisions et de Radio France. Le mépris de la justice dans son indépendance, le manque total de considération pour les hauts fonctionnaires, l'arrogance avec laquelle il traite les principes des grands Corps de l'État, les propos insultants envers les diplomates. Jeanneney rappelle à ce sujet l'exclamation du chef de l'État, devant un groupe assez nombreux, au sujet d'un ambassadeur dans un pays voisin: "Je leur ai envoyé le plus con!"
Cette phrase donne la mesure du "débraillé" élyséen. On prête à Nicolas Sarkozy cette affirmation datant de 2004: "Savez-vous pourquoi je suis tellement populaire? Parce que je parle comme les gens." Devenu entre-temps président de la République, il ne se doutait pas que "les gens" attendent de leur président un langage qui exclut la grossièreté; qu'ils n'apprécient pas le tutoiement généralisé, aussi bien avec ses ministres qu'avec les journalistes. Le vocabulaire, note notre auteur, est approximatif, la syntaxe souvent hésitante (devant des ouvriers d'Alstom, dans le Doubs, en mars 2009: "Si y en a que ça les démange d'augmenter les impôts..."), son style bling-bling et son impudeur sur sa vie privée ont provoqué un malaise chez nombre de ses électeurs. L'épisode de sa visite au Vatican avec son téléphone portable et Jean-Marie Bigard, et combien d'autres épisodes où l'enfantillage le dispute à la vulgarité, ont porté atteinte à la dignité de l'État.
La boulimie d'action de Nicolas Sarkozy s'est traduite le plus souvent par des "coups" sans suite, dont l'intérêt recherché était l'effet d'annonce. Saisir un fait divers pour l'instrumentaliser, jouer sur l'émotion du public, faire des proclamations sur le mode du "plus jamais ça", lancer des promesses non tenues, défrayer la chronique par une agitation désordonnée... J.N. Jeanneney cite le mot de Georges Vigarello, examinant la manière d'être du chef d'État, et selon lequel Nicolas Sarkozy n'a pas su habiter sa fonction. Maître de l'instant, gestionnaire de l'immédiat, il fait preuve d'une inconstance allant de pair avec l'obsession des sondages, commandés du reste sur les fonds publics et restés secrets. On chercherait en vain dans sa conduite une idée-force, un point de fuite, une vision de la France et de son avenir.
Ses rapports avec l'argent méritent un chapitre du livre. On se souvient qu'une de ses premières préoccupations à son arrivée au pouvoir avait été de relever son traitement de président. La compagnie du Fouquet's le soir de son élection, l'invitation de Vincent Bolloré sur son yacht: des images restées indélébiles dans la mémoire des Français, révélant sa dilection pour les grands patrons. "Une société égalitaire, proclame-t-il le 24 mars 2009, c'est le contraire d'une société de responsabilité et de liberté." Le bouclier fiscal a été la traduction législative de cette profession de foi... jusqu'au moment où il a dû y renoncer.
L'annulation de l'épreuve de culture générale aux concours administratifs des catégories B et C est le signe d'un mépris de la culture, dont l'épisode sur la Princesse de Clèves a provoqué la risée: "La possibilité pour quelqu'un d'assumer sa promotion professionnelle sans passer un concours ou faire réciter par cœur (sic) La Princesse de Clèves." Cette incartade eut du moins l'heureux effet de porter Mme de La Fayette dans la liste des best-sellers.
Jean-Noël Jeanneney consacre un chapitre aux manquements de Nicolas Sarkozy aux principes de la laïcité. Le pire étant atteint par l'accord du 18 décembre 2008 entre le Saint-Siège et le gouvernement français, -accord ratifié par décret du 16 avril 2009, et qui confère à l'Église catholique le pouvoir de délivrer des grades et des diplômes universitaires sur le territoire français, rompant ainsi avec la loi du 18 mars 1880 réservant à l'État le monopole de la délivrance des grades et diplômes nationaux.
Le dernier chapitre de l'ouvrage est réservé aux "humiliations françaises" devant l'étranger. L'auteur rappelle le triste discours de Grenoble de 2010, la décision de Claude Guéant de limiter l'accès à des activités professionnelles pour les étudiants étrangers formés en France, le débat sur l'identité nationale visant l'immigration, le stupide discours de Dakar du 26 juillet 2007, selon lequel "l'homme africain" n'était pas entré dans l'Histoire, l'extravagante réception de Kadhafi à Paris, l'annulation de l'année du Mexique en France, la brouille avec la Turquie, etc.
Jeanneney achève son bilan en souhaitant la défaite à la prochaine élection présidentielle de celui qui a rabaissé l'État: "Si par malheur les circonstances des élections présidentielle et législatives du printemps 2012 et une gauche inégale à son destin aboutissaient à un nouveau succès, dans les urnes, du président de la République sortant, de surcroît libéré du souci d'être réélu, craignons de rudes lendemains. L'État serait comme un arbre dont sont rongées les racines."
Cet ouvrage, dont je n'ai donné qu'un rapide aperçu, n'est pas dû à l'esprit militant. Il nous vient d'un homme qui a exercé de nombreuses fonctions de responsabilité dans la vie politique, culturelle et universitaire (ancien Secrétaire d'État, ancien président de Radio France, ancien président de la Bibliothèque nationale de France, professeur émérite à Sciences po), et qui nous rappelle, avec la précision de l'historien qu'il est, les manquements à la dignité de l'État et de la fonction présidentielle de 2007 à 2012.
On pourra le juger injuste, muet sur les décisions positives qui ont pu être prises par le président de la République. De fait, il ne s'agit pas d'un exercice d'évaluation impartial en deux colonnes, mais d'un réquisitoire qui a pour ressort la sourde révolte d'un homme qui a servi l'État, qui aime la République, et qui s'apitoie devant la dégradation de l'un et de la trahison de l'autre par celui auquel les Français avaient donné leur confiance en 2007. Dans un temps où le flux ininterrompu des informations noie l'information, ce livre servira aussi d'aide-mémoire -un aide-mémoire brûlant.
03 mars 2012
Joe Dalton lance sa compagne à Marseille
12 décembre 2010
Bon Ton Roulet
You see me there, well I ain't no fool
One smart Frenchman never been to school
If you want to get somewhere in a Creole town
Stop and let me show you your way around
And let the bon ton roulet, and let the moulay voulay
Now don't you be no foolay, and let the bon ton roulet
I got a creole girl, she one fine dish
But she got ways like a old crawfish
She don't do nothing but raise sin all night
But when it come to loving she much all right
She let the bon ton roulet, she let the moulay voulay
Now don't you be no foolay, and let the bon ton roulet
If you want to have yourself some real fine fun
Go down to Louisiana and get you one
You see them cutting cane all down the line
I got me a cotton picker, and she sure is fine
She let the bon ton roulet, she let the moulay voulay
Now don't you be no foolay, and let the bon ton roulet !
13 juin 2010
A foggy day in London Town
10 janvier 2010
26 juillet 2009
Feu à volonté
08 mai 2009
Waltz for Debby
02 mai 2009
1er Mai
14 septembre 2008
27 juillet 2008
Un été 2008
Ce n'est pas la bohême, ni même la dérive,
De retour sur moi-même souvent je m'interroge
Pourquoi suis-je à Malmousque et non pas à Malmö ?
Sommes-nous les hochets du destin des autres ?
Les effets secondaires d'un Collectif en marche ?
Le doigt de Dieu est-il plus qu'un toucher ?
Non, petit, lève la tête et accomplis ton rêve.
18 juillet 2008
Sans la cédille
Oui, je sais il date un peu, mais je n'ai qu'un an de retard après tout.
Pour les bonnes causes, on n'est jamais démodé !
Tout à l’heure
Je roulais sur mon scooter dans Paris
D’une voiture, au feu rouge, un mec me dit « Eh madame il est quelle heure ? »
Je lui répond « Midi »
Il me dit Madame qu’est ce que t’es bonne Tu veux pas me faire une gâterie ?
Ses potes rigolent Sur le moment j’ai pas compris
Je réponds Mon grand, c’est pas comme ça qu’on parle aux gens
Tu n’aimerais pas qu’on parle comme ça à ta maman
Le mec me regarde Avec une tête de chien de garde
Il me fait Vas-y parle pas de ma mère ou je te défonce
Je lui réponds du calme Alphonse Je te connais pas, tu m’agresses C’est quoi ce manque de délicatesse ?
On t’a pas dit de traiter les femmes Comme des princesses ? Il me dit ouais mais toi je te baise !
Je lui dis ben nan justement C’est bien ça le malaise …
Tu sais que garçon
Si t’enlèves la cédille
Ça fait gar con
Et Gare aux cons ma fille
Gare aux cons Gare aux cons
Gare aux cons Qui perdent leur cédille di di doum di di dam La la la la la la
Je continue mon chemin Au feu suivant J’entends « Hé grosse cochonne ! Quand tu veux je te prends »
C’est encore Alphonse Avec sa tête de gland
Je lui dis : là tu t’enfonces c’est indécent J’y crois pas mec redescends de ta planète
Tu te prends pour Tony Montana T’as même pas de poils sur la quéquette
Il me dit Vas y sois pas vulgaire Tu vas voir où je vais te la mette
Je lui dis c’est moi qui suis vulgaire ? Non mais la c’est la fête ! Je rêve pour qui tu te prends
Maintenant tu t’arrêtes ! Je descends, il descend, Je lui dis c’est le bordel dans ta tête !
Qu’est ce que tu comptes faire ? Là t’es en galère, je veux des excuses
J’attends, et je lâcherais pas l’affaire
Il me dit nan toi tu t’excuses Espèce de vieille sorcière
C’est la meilleure je t’ai donné l’heure, J’aurais mieux fait de me taire
Tu sais que garçon
Si t’enlèves la cédille
Ça fait garcon
Et Gare aux cons ma fille Gare aux cons Gare aux cons
Gare aux cons Qui perdent leur cédille
di di doum di di dam La la la la la la
Voilà comment Parlent certains garçons Quelle honte ! Il mériterait une bonne leçon
Tu veux jouer, on va jouer Je lui dis Baisse ton caleçon Tu parles beaucoup, ça manque d’action Tu m’as demandé ? Une fellation ? Tout à coup Alphonse a une révélation Il renonce et me dit Ouais vas y c’est bon ! Lâche moi pardon
Je lui dis C’est bien T’as l’air moins con, C’est pas normal d’avoir besoin De parler aux femmes de cette façon
Y a un sérieux problème d’éducation Pourtant je suis sûre que t’as un bon fond Il me dit t’as raison je me sens tout bidon C’est mes potes qui me poussent J’ai la pression !
Je lui dis c’est bon pleure pas
Il manquait plus que ça Alphonse qui fond en larmes dans mes bras
Je lui dit toi t’as besoin d’amour ça se voit !
Allez viens-là ! Fais un bisou à tata
Tu sais que garçon
Si t’enlèves la cédille
Ça fait gar con Et Gare aux cons ma fille Gare aux cons Gare aux cons Gare aux cons
Qui perdent leur cédille
di di doum di di dam La la la
01 juin 2008
Vermeil

« Tu veux un peu d’eau ? » Il répond gentiment par un petit souffle négatif du bout des lèvres, occupé à se laisser étourdir par le défilé symphonique des verts, en plaines ou en collines, ou encore en fossés. Quand un village apparaît au détour d’une courbe qui fait malencontreusement rouler la bouteille de Vittel, il tend le cou ou plutôt il le tord et reste ainsi fixé comme par un souvenir vague. « C’est holi ihi ! » bon il a oublié son dentier, « où est hon ? » - « Saint-Germain-des-Fossés ! » « Hein ? » , elle ajuste avec délicatesse de sa vieille main burinée l’appareil de droite qui est à sa portée, celui de gauche est trop loin il faudrait lever le bras trop haut et se tourner démesurément, il ne faut pas prendre de risque en voyage.
C’est chic d’être dans la première voiture, avec vue sur la fière locomotive à l’arrière de laquelle la SNCF pour faire jeune a décalqué un faux graffiti « en voyage… ». C’est d’ailleurs la seule voiture de première, et nous y sommes tous, bravement, avec nos cartes de réduction. Enfin tous… je peux compter six voyageurs. A part le couple qui vient de terminer son pique-nique et qui n’a échangé que ces trois mots, il y a deux autres vieilles femmes très propres sur elles dont une douairière montée à Vierzon, et un fier-à-bras sans âge mais avec un polo côtelé jaune moutarde souligné d’une rayure vert maïs qui a fermement enjoint à sa tante qui l’accompagnait à la gare de Bourges de leur téléphoner pour bien leur dire qu’il arriverait pour l’apéro. Quelle aventure ! Le visage ensoleillé de la douairière se reflète dans la vitre, sa tête dodeline au gré des secousses, elle somnole, pas de relief de repas chez elle, on n’est pas du genre à laisser trainer des miettes en public. Un peu honteuse de s’être laissée gagner par le sommeil elle redresse brusquement une tête trop haute qui ne regarde rien droit devant et qui attend. De temps à autre elle jette furtivement un œil à sa grande valise marron achetée en soldes à la maroquinerie Gérard : debout derrière, cette valise sans âme est affublée d’un sac de plage chatoyant de fleurs orange sur fond rose. Elle ne peut aller qu’au mariage de sa nièce dans cet accoutrement. Sous une longue veste bleu sage s’évase une large jupe imprimée de motif torchon qui se laisserait presque aller à froufrouter s’il y avait un souffle de vent. Et les chaussures, vaguement blanches devant, elles ont dû autrefois être dorées derrière, boudinent de gros pieds violacés visiblement mal à l’aise… Polo Jaune est immobile, lit-il un almanach, ou le catalogue de la Manufacture d’armes et de cycles de Saint-Etienne ? Seuls dépassent ses petits cheveux poivre et sel dressés en une petite brosse hirsute. Il pense à l’apéro, on est samedi midi, c’est le premier du week-end. La petite dame derrière moi à droite a mangé sans faire de bruit, j’ai tout juste humé une odeur de banane de ce côté-là aussi. C’est très commode pour le train, la banane, çà ne gicle pas. Holi-ihi prend des initiatives, il vient de faire passer sa casquette en popeline du genou gauche sur le genou droit, et la lisse deux ou trois fois du revers de la main pour qu’elle ne fasse pas de faux pli, sous le regard complice, cerclé de vieil or, de sa douce femme.
Passé Roanne, nous ralentissons pour suivre les méandres des vallées du Forez, et je me dis « quel bonheur ! », nous vivons, mieux encore nous survivons ensemble tous les six dans cette belle voiture Corail de première classe relookée comme un TGV mais qui nous transporte en nous berçant à l’allure (je veux le croire) où le Paris-Cabourg menait Marcel Proust vers le Grand Hôtel de Balbec.
Saincaize existe.
« Petit village de NIEVRE dans la région BOURGOGNE, SAINCAIZE MEAUCE fait parti du canton d'IMPHY. Situé à 182 mètres d'altitude et voisin des communes de CUFFY et de GIMOUILLE, 460 habitants résident dans la commune de SAINCAIZE MEAUCE sur une superficie de 2 148 hectares (soit 21,4 hab/km²). Les habitants de SAINCAIZE MEAUCE s'appellent les Saincaizois et les Saincaizoises. »
Pour les Saincaizois, Saincaize c’est le centre du monde. Certains, qui y sont nés, y sont encore aujourd’hui. Mais la moitié de ceux qui y habitaient en 1968 n’y sont plus. Que s’est-il donc passé à Saincaize ? Pourquoi ce drame nous a-t-il été caché ? Je crains que cette gare démesurée, plus belle que la gare de Perpignan, ne soit à l’origine de la tragédie de Saincaize.
Demandons : la commune est née en 1834 de la fusion de Saincaize et Meauce. Saincaize accueille depuis le XIXe siècle la gare de triage et la cité de cheminots du Paris-Lyon-Méditerranée. Meauce demeure la partie plus rurale de la commune. C’est à la gare de triage qu’il faut chercher, c’est sûr. De Saincaize on peut poursuivre jusqu’à Lyon, mais on peut aussi changer pour Clermont-Ferrand. Imaginez qu’ils aient fait le mauvais choix. Installer ici une cité du PLM en pariant sur l’avenir de Clermont-Ferrand !
Ceux qui sont encore là ce matin ont entendu crisser notre locomotive à l’approche de la gare. Personne n’est descendu du train. Je n’ai vu personne monter, ou peut-être en seconde, mais je répugne à tourner la tête pour regarder derrière, à cause de l’arthrose. Monsieur Je-sais-tout (qui voyageait en seconde) est venu faire un cours sur l’arthrose et ses conséquences à l’un de ses congénères et à sa femme (installés en première), qui se rendent à Clermont-Ferrand à la rencontre annuelle de l’Association des Généalogistes. « Les nerfs, c’est des câbles » lui a dit son neurologue, et comme c’est la sensibilité qui engaine le reste, dès que çà coince, aïe ! Donc, j’évite de coincer.
Je goûte le moment de paix de cet arrêt, elle est longue et pleine cette minute. Vivre lentement, c’est possible. Quelle subtile harmonie entre les habitants éphémères de ma somptueuse voiture Corail intercitée, la gare de Saincaize et ses 460 habitants que l’on imagine filer des jours heureux à l’abri de cette gare monumentale ! Dans cette voiture aux camaïeux de carmin, pas de portable tectonique, pas d’écrans dévorés par des zombis cravatés, appareillés jusqu’aux oreilles, d’où émanent périodiquement les jingles de Windows, pas de pétasses Gérard Darel exhalant une quelconque Eau de Shalimar alignant sur Excel d’un air renfrogné les chiffres de vente de leurs boutiques de fringues, ou d’autres en tailleur pantalon à reflet soyeux H & M calculant statistiques et rendements de leurs batteries de représentants de commerce, poulets souriants mécaniques et identiques. Non, rien de tout cela. Telle la madeleine écrasée dans la cuillère à thé de Marcel P., l’ambiance olfactive ici me rappelle ma grand-mère : une bonne crème Nivéa ne se démode pas. Du côté du vieil homme à casquette, c’est plutôt l’effluve de l’Eau de Cologne du Mont-Saint-Michel qui me fait resurgir l’image de mon Maître Jean Bancaud, natif de la Creuse. Le Centre de la France est celui de sa gravité. Le vert sombre tempère les enthousiasmes. Entre douceur angevine et vignobles bourguignons, s’élève le bœuf charolais. Il y fait bon vivre sans s’étourdir. Point n’est besoin du soleil vulgaire ou des humeurs atlantiques pour forcer les caractères aux sourires engraissés ou aux regards tourmentés. Ici on ne se gaspille pas en expressions. Les visages n’affectent que le strict nécessaire. Ne pas faire deux choses à la fois, à chaque jour suffit sa peine, il y aura assez à pleurer sur ce monde mondialisé qui ne semble pas avoir tout à fait déversé ses ordures électromagnétiques sur ces douces pentes où nichent de douillettes masures. L’argent durement gagné y sédimente dans les bas de laine des bureaux de poste où les guichets de la Caisse d’Epargne l’empilent dans ses froides cassettes. Sous le masque d’inquiétude sculpté par les années, les yeux se plissent d’un sourire entendu. Ce que je perçois d’exotique chez mes compagnons de route, n’est-ce pas ce qui signale pour quelque temps encore la persistance d’une vraie vie ? Avant que les désordres de la Croissance et de la chasse au Progrès ne la déstructurent irrémédiablement ? Quand le train s’ébranle, que le temps m’est donné de voir les quais de Saincaize glisser calmement pour laisser place aux herbes folles qui font la beauté des sorties de gare puis à la riche campagne qui nous engloutit à nouveau, je souris sans raison, et je vois dans le reflet des vitres que je ne suis pas le seul à m’être laissé envahir par cette sérénité.
Puis viendra le noir d’un long tunnel.
A l’autre bout, s’ouvre une immense, trop immense perspective sur une Saône délavée puis un Rhône marron glacé, bordés d’immeubles blanchâtres sous un ciel immobile et gris. Lyon Part-Dieu, tout le monde descend. A grands renforts d’amabilités, je retiens sur le marchepied ma douairière que sa grosse valise marron menaçait de précipiter sur le quai stupide d’une gare sans histoire et sans couleur. Est-ce une larme d’effort ou de nostalgie que je me surprends à essuyer en courant pour changer de quai ?
Le TGV pour Marseille vient de Rennes. Pas de marchepied, pas d’effort. Une seule passagère déguisée en hôtesse de l’air, bagage LVH, senteur Guerlain, partage mon espace duplex en haut une place, isolée. Je branche mon portable. Un long tuuuuuut, un petit clac étouffé. Tout est clos. Salut !
